Résumé

Dans le prolongement de la journée Déplacer la sculpture à l’époque moderne (XVe-XVIIIe siècles) (INHA-18 novembre 2026), cette rencontre entend explorer une autre dimension essentielle de la vie des œuvres : leur réaffectation. Elle propose d’interroger conjointement deux pratiques souvent distinguées mais rarement envisagées dans une même réflexion pour la sculpture moderne : le remploi et le recyclage. Bien qu’elles relèvent d’un vocabulaire contemporain, ces catégories offrent un cadre d’analyse renouvelé pour réfléchir aux modifications, réinterprétations, détournements des œuvres sculptées. Il s’agira d’étudier aussi bien les œuvres antiques ou médiévales réutilisées à la période moderne que les sculptures modernes
elles-mêmes transformées, adaptées ou détournées au cours des siècles suivants jusqu’à nos jours.

Si le réemploi a fait l’objet d’importants travaux pour l’Antiquité (Kristensen 2016, Ng 2018, Parigi 2022), au point de constituer un champ de recherche à part entière, le recyclage a principalement été abordé dans le contexte de la création contemporaine, où il est envisagé comme un principe revendiqué de transformation matérielle et sémantique (Laks 2017). Pour la période moderne, les recherches se sont surtout concentrées sur la réutilisation de la statuaire antique, notamment dans les jardins, les parcs ou les ensembles monumentaux (Haskell 1981 ; Montagu 1989). Ces travaux ont largement renouvelé notre connaissance de ces phénomènes, toutefois d’autres formes de réaffectation, parfois spectaculaires, parfois plus discrètes, méritent encore d’être étudiées.

Appel à communication

Cette journée d’étude souhaite précisément adopter une approche transversale, en articulant réemploi – entendu comme la réutilisation d’une œuvre pour un contexte différent, pour un usage proche de sa fonction initiale, avec ou sans remise en état –, et recyclage, qui suppose une transformation plus profonde de l’œuvre, matérielle, formelle ou sémantique. Envisagées conjointement, ces deux notions offrent un cadre fécond pour analyser les changements de statut, de fonction et de signification des sculptures. l’analyse portera également sur les réaffectations demeurées à l’état de projet – déplacement envisagés, changement de fonction ou reconversions abandonnées – dans la mesure où ces intensions, même non réalisées, révèlent des usages imaginés pour les œuvres ainsi que les enjeux politiques, religieux ou esthétiques qui les sous-tendent.

Les communications pourront notamment porter sur les axes suivants, sans exclusive :

– les formes de réemploi, de recyclage et de réaffectation des sculptures de l’époque moderne à nos jours ;

– les logiques politiques, religieuses, esthétiques ou symboliques qui président à ces changements de fonctions ;

– les modalités matérielles des transformations et les processus de réinterprétation ou de resémantisation ;

– les circulations entre espaces et statuts (notamment public/privé, sacré/profane, intérieur/extérieur) ;

– les effets de ces réaffectations sur les mémoires locales, nationales, dynastiques ou familiales ;

– les projets de réaffectation demeurés sans suite, envisagés comme révélateurs des usages et des valeurs attribués aux sculptures ;

– les réflexions historiographiques et épistémologiques sur les catégories de « réemploi » et de « recyclage ».

Si la journée met l’accent sur la sculpture en France, les propositions portant sur d’autres espaces européens, voir non-européens sont également encouragées, afin d’enrichir les perspectives comparatives et de mieux comprendre et documenter les pratiques de réaffectation des sculptures.

Cette journée est la troisième du cycle de rencontres sur La vie des sculptures en France. Transformations matérielles, iconographiques, stylistiques et contextuelles des sculptures de l’époque moderne (2026-2028) proposé par l’INHA en partenariat avec plusieurs chercheuses et chercheurs. Pensé comme un laboratoire d’exploration diachronique, national et international, ce cycle vise à analyser les inflexions portées à la matérialité des œuvres, leur iconographie, leur style ainsi que les changements de contextes de présentation qui affectent ces objets, entre conservation, redécouverte, effacement, outrage ou recréation.

Modalités

Les propositions de communication s’adressent à une large communauté de spécialistes – historiens de l’art, conservateurs, restaurateurs – issus des universités, des musées, des DRAC ou d’institutions de recherche françaises et internationales. Elles seront constituées d’une présentation de l’intervenante ou de l’intervenant (8 à 10 lignes), du titre et du synopsis de la communication (1 page), accompagnés d’un bref CV avec la liste des publications (1 page), et envoyées avant le 30 octobre 2026 à Marion Boudon-Machuel (marion.boudonmachuel@inha.fr) et Émilie Roffidal (emilie.roffidal@cnrs.fr). Les communications dureront 30 minutes et pourront être proposées à une ou deux voix en français, en anglais ou en italien.

Organisateurs

Marion Boudon-Machuel, INHA

Université Émilie Roffidal, Laboratoire FRAMESPA – Université de Toulouse

Comité scientifique

Kira d’Alburquerque (Victoria and Albert Museum, Londres)

Lionel Arsac (château de Versailles)

Andrea Bacchi (Fondation Federico-Zeri, université de Bologne)

Oriane Beaufils (Villa Ephrussi de Rothschild)

Sarah Betzer (université de Virginie, Charlottesville)

Marc Bormand (musée du Louvre)

Francesco Caglioti (École normale supérieure de Pise)

Valérie Carpentier (musée du Louvre)

Laura Cavazzini (université de Trente)

Anne-Lise Desmas (J. Paul Getty Museum, Los Angeles)

Grégoire Extermann (Haute école spécialisée de la Suisse italienne-SUPSI, université de Genève)

Aldo Galli (université de Trente), Virginie Guffroy (musée du Louvre)

Kelley Helmstutler Di Dio (université du Vermont, Burlington)

Sophie Jugie (musée du Louvre)

Pascal Julien (université Toulouse Jean-Jaurès)

Michel Lefftz (université de Namur)

Anne Lepoittevin (Sorbonne Université)

Philippe Malgouyres (musée du Louvre)

Tommaso Mozzati (université de Pérouse)

Pierre-Hippolyte Pénet (château de Versailles)

Guilhem Scherf (musée du Louvre)

Frits Scholten (Rijksmuseum)

Philippe Sénéchal (université de Picardie Jules-Verne, Amiens)

Collaborateurs scientifiques du cycle

Alicia Adamczak (Institut catholique de Paris)

Marion Boudon-Machuel (INHA)

Federica Carta (Technische Universität, Berlin)

Giancarla Cilmi (École française de Rome)

Emmanuel Lamouche (CreAAH – Nantes Université)

Sarah Munoz (Université de Lausanne)

Daniele Rivoletti (Institut universitaire de France/Université Clermont Auvergne)

Émilie Roffidal (Laboratoire FRAMESPA – Université de Toulouse)

Neville Rowley (Gemäldegalerie, Berlin ; École du Louvre, Paris)

Fabienne Sartre (IRCL – Université de Montpellier Paul-Valéry)

Magali Théron (TELEMME – Université Aix-Marseille)

Biblographie

Demoule, Jean-Paul, « Archéologie, art contemporain et recyclage des déchets », Techniques & Culture [en ligne], 58 | 2012, mis en ligne le 17 décembre 2012. DOI : https://doi.org/10.4000/tc.6321

Foulquier, Luigi, « La métamorphose des pierres. Les remplois, entre rebut et souvenir », Actes du colloque du musée du quai Branly [en ligne]. URL : https://journals.openedition.org/actesbranly/252

Gaggadis-Robin, Vasiliki and de Larquier, Nathalie (éd.), La sculpture et ses remplois. Actes des rencontres d’Arles (2019), Pessac, Ausonius édition, 2019.

Haskell, Francis and Penny, Nicholas, Taste and the Antique: The Lure of Classical Sculpture, 1500–1900, New Haven, Yale University Press, 1981 (rééd. 2024).

Kristensen, Troels Myrup and Stirling, Lea Margaret (dir.), The Afterlife of Greek and Roman Sculpture. Late Antique Responses and Practices, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2016.

Laks, Deborah, Des déchets pour mémoire. L’utilisation de matériaux de récupération par les Nouveaux Réalistes (1955-1975), Dijon, Les Presses du Réel, 2017.

Kinney, Dale and Brilliant, Richard, Reuse ValueSpolia and Appropriation in Art and Architecture from Constantine to Sherrie Levine, Ashgate, 2011.

Macquenem (de), Claude, « Le remploi, la chair, la pierre, des matériaux et des gestes. Pour une autre phénoménologie du religieux », Les nouvelles de l’archéologie [En ligne], 160 | 2020, mis en ligne le 09 novembre 2020. URL : https://journals.openedition.org/nda/10117

Montagu, Jennifer, Roman Baroque Sculpture. The Industry of Art, New Haven – Londres, Yale University Press, 1989.

Ng, Diana Y. et Swetnam-Burland, Molly (dir.), Reuse and Renovation in Roman Material Culture. Functions, Aesthetics, Interpretations, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2018.

Parigi, Caterina (dir.), Recycling and Reuse of Sculpture in Roman and Late Antique Times. Panel 6.8, Heidelberg, Propylaeum, 2022 (Archaeology and Economy in the Ancient World: Proceedings of the 19th International Congress of Classical Archaeology, Cologne/Bonn 2018, vol. 37). DOI : https://doi.org/10.11588/propylaeum.928

Settis, Salvatore, « Des ruines au musée. La destinée de la sculpture classique », Annales ESC, nov.-déc. 1993, n°6, p. 1347-1380. [en ligne]. URL : https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1993_num_48_6_279220