Don d’estampes d’Enrique Zañartu (1921-2000)

Enrique Zañartu (1921-2000), Testigo incomodo, 1969, eau-forte, aquatinte et impression en couleurs, épreuve d'artiste, 45,5 x 50 cm (feuille), Paris, bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art

Grâce à la généreuse donation de Nicole Marchand-Zañartu, la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art accueille un ensemble exceptionnel d’œuvres et d’archives du peintre et graveur franco-chilien Enrique Zañartu (1921-2000). Cette entrée importante vient enrichir des corpus déjà remarquables consacrés à l’activité de l’Atelier 17 au sein des collections de l’INHA et ouvre de nouvelles perspectives de recherche sur les circulations artistiques, intellectuelles et techniques qui ont façonné le renouveau international de l’estampe après la Seconde Guerre mondiale.

Réunissant œuvres gravées, matrices, dessins, états préparatoires, ouvrages illustrés et archives, cet ensemble apporte un éclairage inédit sur l’une des figures pivot de l’estampe du XXe siècle et sur les réseaux internationaux qui ont accompagné son développement.

Cette acquisition s’inscrit dans une politique affirmée que conduit la bibliothèque de l’INHA en faveur de la documentation et de la recherche sur l’Atelier 17, laboratoire d’expérimentation fondé en 1927 à Paris par Stanley William Hayter.
Depuis ces dernières années, les collections de l’INHA se sont ainsi enrichies de nombreux ensembles documentaires, archives, estampes et publications permettant de retracer l’histoire de cet atelier devenu l’un des principaux foyers de renouvellement de la gravure moderne dans la seconde moitié du XXe siècle.
L’entrée d’œuvres et d’archives d’Enrique Zañartu vient aujourd’hui compléter de manière substantielle cet ensemble en documentant l’une des personnalités qui a joué un rôle central dans son développement international à partir
de l’après-guerre.

Enrique Zañartu (1921-2000), planche d'illustration pour Édouard Glissant, Les Indes, 1956, eau-forte, épreuve d'essai, version en noir, tirage 2/15, 28,5 x 25,3 cm (feuile), 16 x 12 (sujet), Paris, biliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art

Né au Chili en 1921, Enrique Zañartu est un artiste autodidacte dont la trajectoire se déploie entre plusieurs continents et plusieurs disciplines. D’abord peintre, il s’installe à New York dans les années 1940 où il rencontre
Stanley William Hayter. Au sein de l’Atelier 17, alors implanté aux États-Unis après une première période parisienne (1927-1939), Zañartu découvre et approfondit les techniques de la gravure dans un environnement fondé sur l’expérimentation, le partage des savoir-faire et l’innovation technique.

L’œuvre gravé de Zañartu témoigne de cette dynamique expérimentale. Ses estampes se caractérisent par une remarquable liberté d’exploration des procédés de taille-douce, éprouvés par l’entrelacement de lignes et de textures complexes, ainsi que par des effets de relief et de profondeur qui confèrent à ses compositions une forte dimension sculpturale. À la croisée du surréalisme et de l’abstraction, son langage plastique participe pleinement au renouvellement esthétique de l’estampe moderne dans la seconde moitié du XXe siècle.

Don d’estampes de Gail Singer (1924-1983)

Grâce au généreux don de Bernard et Michèle Millet, un important ensemble d’estampes consacré à Gail Singer (1924-1983) rejoint la bibliothèque de l’INHA poursuivant ainsi l’ambition de réunir un corpus de référence autour de l’Atelier 17 au sein des collections publiques françaises.

Artiste américaine installée à Paris et dont l’œuvre gravé s’est développé au sein de l’Atelier 17, Gail Singer a connu un parcours qui demeure aujourd’hui encore peu documenté dans les collections publiques françaises. Issu à la fois du fonds d’atelier de l’artiste et de la collection personnelle de Bernard et Michèle Millet, qui entretenaient avec elle une relation de proximité, cet ensemble réunit près de soixante estampes couvrant une longue période de production. Il comprend de nombreuses variations d’état, des épreuves d’essai ainsi qu’un corpus de feuilles annotées qui permettent d’appréhender, avec une rare précision, les différentes étapes de son travail de graveuse.

Gail Singer (1924-1983), Blue + Red Silence, 1967, eau-forte, pointe sèche, carborundum, aquatinte et impression en couleurs, épreuve d’essai, 42 × 35,5 cm (feuille), 34,2 × 29,5 cm (sujet), Paris, bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art

Née en 1924 à Galveston, au Texas, Gail Singer débute sa formation artistique à l’université Washington de Saint-Louis avant d’obtenir une bourse qui lui permet de rejoindre l’Europe en 1952. Elle choisit de s’installer durablement à Paris à partir de 1955. Peintre et dessinatrice, elle découvre la gravure auprès de Stanley William Hayter à l’Atelier 17, où elle poursuit son activité pendant près d’une décennie. Dans cet environnement marqué par l’expérimentation et la recherche technique, elle développe une pratique personnelle de l’estampe qui conjugue l’enseignement de Hayter, notamment dans le travail de la couleur, avec la singularité de son propre univers esthétique.

Les estampes de Gail Singer se distinguent par leur intensité expressive, leurs résonances oniriques et la richesse de leurs effets de matière. Jouant des superpositions, des textures et des transparences, elles témoignent d’une recherche constante sur les possibilités plastiques de la gravure. L’artiste n’hésite pas à associer aux procédés traditionnels d’impression d’autres techniques, notamment des impressions textiles, qui confèrent
à ses compositions une qualité tactile et une vibration particulière.

Le don comprend également près de quarante estampes réalisées par d’autres artistes ayant fréquenté l’Atelier 17, parmi lesquels Isolde Baumgart, Hector Saunier, Helen Philipps et Stanley William Hayter lui-même. Adressées et dédicacées à Gail Singer, ces œuvres témoignent des liens personnels et professionnels tissés au sein de l’atelier. Elles documentent un réseau international d’artistes encore peu représentés dans les institutions françaises et constituent un précieux témoignage des formes de sociabilité, de collaboration et d’émulation qui ont accompagné l’activité de ce lieu de création.

Gail Singer (1924-1983), Enigma II, 1961, pointe sèche, carborundum, aquatinte, impressions textiles et en couleurs, épreuve d’artiste, 65,5 × 50 cm (feuille), 38,5 × 30,5 cm (sujet), Paris, bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art

Cette acquisition vient renforcer un axe majeur de développement des collections de la bibliothèque de l’INHA consacré à l’Atelier 17. Après l’entrée récente du fonds d’Enrique Zañartu, qui éclaire le rôle de l’un des principaux animateurs de l’atelier, ce nouvel ensemble en révèle d’autres dimensions : celle des expérimentations techniques permises par le médium de l’estampe ainsi que celle des communautés artistiques qui ont façonné son histoire. Par la complémentarité de ces deux fonds, les collections de l’INHA documentent désormais aussi bien l’histoire de l’Atelier 17 que les pratiques concrètes qui s’y sont développées.