La Bibliothèque d'art et d'archéologie de Jacques Doucet : corpus, savoirs et réseauxProgramme en cours

Marque d’éditeur que Jacques Doucet fit apposer sur la page de titre de chacune des "Publications pour faciliter les études d'art en France".

Collectionneur de l’art du XVIIIe siècle comme de l’art de son temps, Doucet constitua trois bibliothèques qui renouvelèrent le paysage des bibliothèques publiques. Si la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet a depuis longtemps fait l'objet d'études, la toute première Bibliothèque d'art et d'archéologie (BAA) est assez mal connue, malgré des études ponctuelles.
Le programme propose de mener tout à la fois une étude exhaustive des fonds initiaux de la BAA à l'aide des sources les documentant (premier fichier matières, registres des entrées journalières, système de cotation) et une étude systématique des collaborateurs de Jacques Doucet en tant que corpus représentatif du réseau d'acteurs de l'histoire de l'art en France de 1880 à 1920.

Le programme proposé s’inscrit dans une action pérenne de l’INHA, répondant aux interrogations qui subsistent quant à la carrière de Jacques Doucet et l'ensemble de ses réalisations ; il prend la suite du programme mené de 2011 à 2016 sur les collections personnelles de Jacques Doucet, coordonné par Chantal Georgel.

Consacrée à toutes les époques et à tous les continents, la bibliothèque d'art et d’archéologie se construit sans doute sur un noyau initial consacré aux arts du XVIIIe siècle, en lien avec les collections de Jacques Doucet. Mécène de la mise en partage des connaissances, Doucet recrute dès 1908 un bibliothécaire et un bibliothécaire adjoint, puis une vingtaine de collaborateurs. Installée dans plusieurs appartements situés en face de son hôtel particulier, la BAA réunit rapidement un fonds exceptionnel. La Première Guerre mondiale en voit la fermeture en août 1914 et, le 1er janvier 1918, son don à l'Université de Paris.

Alors qu'un siècle après la bibliothèque de l'INHA vit un essor considérable à la suite de son installation dans la salle Labrouste, une étude ponctuelle réalisée en 2017 de l’ancien fonds « Costume », fonds dont l’existence même est un témoignage de la participation active de Jacques Doucet à la constitution et au développement des fonds, a montré tout l’intérêt d’une étude rétrospective de la BAA dans le temps de sa genèse, de sa constitution et de ses premiers développements.

De la lecture dynamique croisée entre une connaissance précise des premiers fonds de la BAA et le maillage d'historiens de l'art ayant collaboré à la constitution de ces fonds, se dégageront des éléments de compréhension de la manière dont l’histoire de l’art et de l’archéologie se pensait et se pratiquait en Europe au début du XXe siècle. Partant de fonds constitués en tant qu'outils documentaires et pour la recherche, le programme proposé ouvrira ainsi sur une approche historiographique renouvelée tout en étant à même d'intégrer les études déjà réalisées dans le domaine.

Le programme bénéficie d'un double portage au sein de l'INHA, par le département des études et de la recherche (DER) et le département de la bibliothèque et de la documentation (DBD) :

  • Marie-Anne Sarda, conseillère scientifique
  • Pascale Cugy, coordinatrice scientifique
  • Anne-Élisabeth Buxtorf, directrice de la bibliothèque de l’INHA
  • Jérôme Bessière, directeur adjoint de la bibliothèque de l’INHA

Groupe de travail du programme

  • Caroline Fieschi, conservatrice en chef des bibliothèques, cheffe du service du patrimoine, bibliothèque de l’INHA
  • Jérôme Delatour, conservateur en chef des bibliothèques, bibliothèque de l’INHA
  • Sophie Derrot, conservatrice des bibliothèques, bibliothèque de l’INHA
  • Juliette Robain, conservatrice des bibliothèques, bibliothèque de l’INHA
  • Antoine Courtin, responsable de la cellule d’ingénierie documentaire
  • Dominique Filippi, chef du service de l’informatique documentaire, bibliothèque de l’INHA
  • Claire Dupin de Beyssat, chargée d’études et de recherche (2018-2020)

Membres du comité scientifique

  • Annaïg Chatain, conservatrice du patrimoine, responsable de la formation initiale des conservateurs, Institut National du Patrimoine
  • Félicie Faizand de Maupéou, docteur en histoire de l’art contemporain, ingénieur de recherche au Labex « Les Passés dans le Présent », Université de Paris X-Nanterre (Histoire de l’art et représentations)
  • Christophe Gauthier, professeur d’histoire du livre et des médias contemporains (XIXᵉ-XXIᵉ siècles) à l’École Nationale des Chartes
  • Chantal Georgel, conservatrice générale honoraire des musées de France, ancienne conseillère scientifique à l'INHA et responsable du programme « Catalogue des œuvres d'art collectionnées par Jacques Doucet »
  • Dominique Morelon, conservatrice générale honoraire des bibliothèques, ancienne cheffe du service du patrimoine de la bibliothèque de l'INHA, secrétaire de la Société des amis de la Bibliothèque d'art et d'archéologie
  • Michela Passini, chargée de recherches au CNRS, Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine-UMR 8066
  • Martine Poulain, conservatrice générale honoraire des bibliothèques, ancienne directrice de la bibliothèque de l'INHA
  • Samuel Provost, Maître de conférences d’archéologie et d’histoire de l’art, Université de Lorraine (Nancy)-UMR 7117 LSHP-AHP
  • Xavier de la Selle, directeur des musées Gadagne, de l’imprimerie et de la communication graphique, Lyon
  • Catherine Yvard, conservatrice, bibliothèque du Victoria & Albert Museum, Londres

Les conditions exactes et les dates auxquelles Jacques Doucet donna à la BAA sa forme de bibliothèque d’histoire de l’art et de l’archéologie ouverte au public restent imprécises. Au cours du chantier de déménagement et de récolement des collections ayant conduit à l’installation de la bibliothèque en salle Labrouste, un certain nombre de documents, sources et archives de la BAA ont été localisées et regroupées. Le premier objectif du programme consiste en un inventaire puis en une signalisation de ces fonds, avant leur mise à disposition d’un large public.

L’un des enjeux essentiels du programme constituera par ailleurs en un apport organisé de connaissances des réseaux professionnels à l'œuvre en histoire de l'art et archéologie en France et en Europe de 1890 à 1920. La collaboration de l'ingénierie documentaire au programme est essentielle dans la structuration et l'organisation de la donnée. Après établissement de notices prosopographiques solides et documentées, il conviendra en effet de typer les relations de propriétés entre les acteurs de ce réseau afin d'en proposer tout à la fois une analyse critique et une lecture dynamique. La publication de ce réseau d’acteurs renouvèlera profondément la perception des milieux français de l'histoire de l'art et de l'archéologie à cette époque, milieux encore trop peu investis par la recherche et dominés par quelques figures étudiées de manière isolée, voire partiellement. 

Dès que le programme sera suffisamment avancé pour proposer à la communauté scientifique un contenu éditorialisé, un carnet de recherche sera proposé sur la plateforme Hypotheses.org.

Séminaire 2020-2021

Un laboratoire pour l’histoire de l’art : la Bibliothèque d’art et d’archéologie de Jacques Doucet

À l’origine de l’actuelle bibliothèque de l’INHA, la première bibliothèque créée par le couturier-mécène Jacques Doucet est paradoxalement peu connue. Ouverte au public à partir de 1910 au moins sous le nom de Bibliothèque d’art et d’archéologie, cette institution aux ambitions universelles fut créée en moins d’une dizaine d’années grâce à des moyens financiers conséquents ; son fondateur s’appuya sur les conseils et bibliographies de nombreux historiens de l’art ainsi que sur des équipes où des professionnels côtoyaient amateurs, littérateurs et érudits.

L’étude de la création et du fonctionnement de cette institution offre un tableau particulièrement intéressant de l’histoire de l’art telle qu’elle pouvait se pratiquer à Paris au début du XXe siècle ; elle permet de percevoir les réseaux, ambitions et méthodes qui alimentèrent tour à tour les réflexions de Doucet et firent de sa bibliothèque une entreprise novatrice dont la dynamique fut profondément affectée par la Première Guerre mondiale.

Pour sa première année, le séminaire souhaite restituer les dernières recherches menées sur cette bibliothèque exceptionnelle en les remettant en contexte. Les quatre séances permettront ainsi d’explorer les collections réunies par Doucet, les moyens de leur constitution et leurs spécificités, en les confrontant à celles d’autres grandes institutions contemporaines.

Comité scientifique :

Pascale Cugy (INHA) ; Caroline Fieschi (INHA) ; Cecilia Hurley-Griener (École du Louvre – Université de Neuchâtel) ; Marie-Anne Sarda (INHA) ; Samuel Provost (Université de Lorraine) ; Philippe Sénéchal (Université de Picardie Jules Verne)

Domaine et programme de recherche :

Histoire et théorie de l’histoire de l’art et du patrimoine
« La Bibliothèque d’art et d’archéologie de Jacques Doucet : corpus, savoirs, réseaux »

 

Séance 1

Mercredi 2 décembre 2020

René-Jean et le modèle de l’Union centrale des arts décoratifs

L’histoire de la Bibliothèque d’art et d’archéologie est indissociable de la personnalité de René-Jean, recruté par Jacques Doucet en 1908 alors qu’il travaillait comme bibliothécaire à l’Union centrale des arts décoratifs. Chargé d’échanger avec les professeurs de l’École du Louvre ou du Collège de France pour leur demander des conseils sur les acquisitions, il cultiva des amitiés avec plusieurs artistes ainsi qu’avec des savants comme Paul Perdrizet, Henri d’Ardenne de Tizac ou Victor Goloubew. Sa correspondance constitue une source primordiale pour comprendre le fonctionnement et les ambitions de la Bibliothèque de Doucet. Cette séance sera l’occasion d’interroger les méthodes de travail de René-Jean à l’aune de sa formation, de ses relations et de ses centres d’intérêts en interrogeant les pratiques qui avaient cours dans son premier environnement de travail, la bibliothèque de l’Union centrale des arts décoratifs.

Marie-Anne Sarda (INHA) et Stéphanie Rivoire (Musée des arts décoratifs)

INHA, Galerie Colbert, salle Giorgio Vasari, 17 h 30 – 19 h 30

 

Séance 2

Mercredi 27 janvier 2021

Modernes et contemporaines : les cabinets des estampes

Confiés l’un aux soins de François Hérold et d’Albert Vuaflart, l’autre à ceux de Noël Clément-Janin, le cabinet des estampes modernes et le cabinet des estampes contemporaines de la Bibliothèque d’art et d’archéologie furent composés de façon à constituer des outils documentaires sur les techniques et les processus créatifs. Riches en dessins préparatoires et épreuves retouchées, ils s’avèrent particulièrement propices à l’étude de séries génétiques et à celle d’artistes étrangers peu représentés dans les collections françaises. Cette séance permettra d’interroger leurs contours et leur originalité face aux autres cabinets parisiens, en particulier aux collections de la Bibliothèque nationale dont les conservateurs entretenaient de nombreux liens avec le personnel engagé par Doucet. Il s’agira également de questionner les conceptions contemporaines de l’estampe et sa place dans la recherche des historiens de l’art.

Pascale Cugy (INHA), Céline Chicha-Castex (BNF), Nathalie Müller (INHA) et Valérie Sueur-Hermel (BNF)

INHA, Galerie Colbert, salle Giorgio Vasari, 17 h 30 – 19 h 30

 

Séance 3

Mercredi 31 mars 2021

Fac-similés et copies de documents

Les premières collections de la Bibliothèque d’art et d’archéologie témoignent de l’intérêt porté aux documents d’archives, dont des copies manuscrites furent spécialement réalisées et qui nourrirent les recherches d’érudits comme Albert Vuaflart, secrétaire de Doucet et directeur de l’institution. La présence de chartistes parmi le personnel, à côté des littérateurs d’art, joua probablement un rôle en faveur de cette politique visant à constituer des séries documentaires ; elle s’accompagna rapidement d’un intérêt envers les techniques de fac-similé. Le souhait de fournir des documents fiables aux amateurs comme aux historiens et de pérenniser des unicum présida en effet à la création de la Société de reproduction de dessins de maîtres et de la Société française de reproductions de manuscrits à peintures, accueillies par la Bibliothèque. Cette séance sera l’occasion de revenir sur la place du fac-similé dans l’histoire de l’art au début du XXe siècle et les méthodes qu’il induit, en s’interrogeant en particulier sur ses rôles au sein de la bibliothèque de l’École des chartes.

Camille Dégez-Selves (ENC) et Caroline Fieschi (INHA)

INHA, Galerie Colbert, salle Giorgio Vasari, 17 h 30 – 19 h 30 

 

Séance 4

Mercredi 2 juin 2021

Traductions et langues étrangères

La Bibliothèque d’art et d’archéologie se singularisa rapidement par la richesse de ses collections en langues étrangères, réunies à la fois dans le souci universaliste de couvrir tous les champs du savoir et dans celui de posséder les ouvrages les plus importants d’une discipline particulièrement dynamique dans les universités germanophones. Dans un contexte marqué par le développement des congrès internationaux, il s’agira d’étudier les moyens mis en œuvre par le personnel de Doucet pour traiter des collections nécessitant des compétences rares et s’assurer une place dans un réseau européen. La question des liens avec les fournisseurs installés hors de France, des rapports entretenus avec des personnalités et institutions étrangères ainsi que celle des méthodes de travail et interrogations induites du point de vue de la recherche avant la Première Guerre mondiale seront au cœur de la séance.

Michela Passini (CNRS)

INHA, Galerie Colbert, salle Giorgio Vasari, 17 h 30 – 19 h 30