Ces archives permettent de reconstituer dans le détail l’organisation des ventes du célèbre commissaire-priseur qui domina le marché de l’art au long des presque quatre décennies de son activité : liste des lots et des vendeurs, correspondance avec certains d’entre eux, identité des acheteurs, bordereaux d’adjudication fournissent des informations précieuses pour documenter la provenance d’œuvres passées sous le marteau de Bellier, et plus généralement pour les études sur la circulation des œuvres et le marché de l’art dans la première moitié du XXe siècle.

Les factures associées à la publicité faite pour chaque vente, à l’impression des catalogues ou encore au transport des œuvres et à leur stockage à l’hôtel Drouot racontent les coulisses de l’entreprise, et permettent, en croisant ces données avec les livres de caisse et les registres de comptabilité, de rendre compte précisément du modèle économique de l’étude.

 

Les archives de la quasi totalité des ventes réalisées par Alphonse Bellier ont été conservées ; elles complètent les minutes des ventes, versées, en vertu de l’obligation légale incombant aux officiers publics, aux archives de la Seine. Chaque fois qu’ils se trouvaient dans le fonds, les catalogues (nombre d’entre eux sont annotés) ont été associés aux dossiers de vente. La numérisation de ces catalogues, dont plus de 500 sont déjà consultables sur Cariatide, la bibliothèque numérique de l’INHA, favorise les recherches d’œuvres, grâce à l’OCR qui en rend le texte interrogeable et permet de retrouver rapidement la date de passage en vente d’une œuvre donnée.

Les archives d’Alphonse Bellier ainsi que celles de Raoul Oury, son successeur jusqu’en 1965, ont été acquises par l’INHA en 2018 avec le fonds Guy Loudmer (Archives 162). Ce dernier leur avait succédé à la tête de l’étude et en avait conservé les archives. Les archives Alphonse Bellier sont particulièrement précieuses pour l’étude du marché de l’art sous l’Occupation, et en particulier pour les travaux sur les œuvres spoliées lors de la seconde guerre mondiale. Un bon nombre de ces biens spoliés sont passés par l’étude du commissaire-priseur, amené à exécuter des ventes spoliatrices, dites « israélites », à la requête d’administrateurs provisoires, ou à disperser des biens abandonnés par leurs propriétaires juifs parmi les autres lots de ventes volontaires.

Le reconditionnement pour sa conservation et le catalogage prioritaire de ce fonds participent de l’effort mené depuis de nombreuses années par l’INHA pour soutenir les études dans ce domaine, effort ayant notamment abouti à la numérisation de plus de 3000 catalogues de vente datant de la période de l’Occupation, à la publication du Répertoire des acteurs du marché de l’art sous l’Occupation porté par le programme de recherche éponyme, à l’entrée récente des archives du journaliste Philippe Sprang, ou encore aux travaux d’identification des livres spoliés et de leur provenance parmi les collections de la bibliothèque, ayant permis en mars 2026 la restitution d’un ouvrage aux descendants de Marc Bloch.

L’INHA poursuit aujourd’hui son engagement en élargissant son champ d’investigation au destin des objets d’art africain pendant la seconde guerre mondiale.