Révélées en 2004 lors des travaux de réaménagement de la galerie, les arcades en pierre de taille visibles dans le hall Rose Valland sont les vestiges de l’hôtel Bautru, bâti entre 1634 et 1637 par l’architecte Louis Le Vau. Le rachat de cet édifice en mai 1665 par Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) allait inciter bien plus tard, au XIXᵉ siècle, la société Adam et Cie à baptiser le passage construit à l’emplacement de cet hôtel d’après le principal ministre de Louis XIV, qui en avait occupé un temps les espaces.

L’entretien de cette mémoire permet alors à l’entreprise de mieux incarner la galerie marchande inaugurée en 1827 afin de concurrencer la galerie Vivienne voisine, en la nommant d’après une personnalité de prestige dont le récit national célébrait les actions de gestionnaire, tout comme le rôle de réformateur des sciences et des arts.

Afin d’accueillir la clientèle, un imposant portrait peint figurant Colbert aux côtés d’une statue de Mercure en allégorie du Commerce est en outre installé au-dessus de l’entrée sud de la galerie. Déposé afin d’être restauré, il représente le ministre et ses attributs comme garant symbolique de l’équité des transactions et des affaires.

C’est pourtant bien au nom de cette ambition commerciale que Colbert est devenu, à la demande de Louis XIV, l’architecte d’un premier empire colonial français fondé sur l’économie de plantation, la traite et l’esclavage, auquel il a donné un principe (le « Pacte Colonial »), des moyens (les Compagnies des Indes, les ports de Lorient et Rochefort) et un cadre juridique (l’édit royal de 1685, plus tard appelé « Code Noir »). Assemblé sous sa supervision à partir de textes locaux et promulgué par Louis XIV deux ans après sa mort, ce texte réglemente l’esclavage aux Antilles, en affirmant notamment la nature de « biens meubles » des personnes esclavisées. Signé par le Roi mais applicable uniquement dans les colonies, ce texte fonde le principe de l’« exception coloniale » et est ainsi la matrice de tout le futur droit colonial français.

La redécouverte au XXᵉ siècle du rôle central que Colbert a joué dans l’établissement d’un système d’État qui, en deux siècles, aura conduit à l’asservissement dans les colonies françaises de quatre millions de personnes, soulève des questionnements légitimes sur sa présence dans l’espace public. Elle fait régulièrement l’objet de contestations.

Texte rédigé avec le concours de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.