Résumé

L’histoire de l’art ukrainien a été profondément façonnée par des bouleversements politiques successifs qui ont transformé non seulement les objets accessibles à la recherche, mais aussi les institutions, les catégories et les pratiques à travers lesquelles cette histoire a été écrite. Prenant le contexte ukrainien comme point de départ, ce colloque interroge les manières dont l’histoire de l’art peut travailler avec des archives fragmentaires, des mémoires culturelles disputées, des pratiques artistiques insuffisamment documentées et des formes de savoir qui excèdent les cadres institutionnels.

Plutôt que de proposer un récit unifié, le colloque entend développer des approches méthodologiques plurielles permettant d’appréhender l’incertitude, la rupture et l’instabilité épistémique comme des conditions constitutives de la recherche en histoire de l’art. En faisant de ces conditions de production du savoir des objets d’enquête à part entière, il cherche à dépasser les récits canoniques pour interroger les contextes qui déterminent la lisibilité historique. Il s’agit notamment d’examiner les conditions dans lesquelles certaines pratiques artistiques, certains artistes, certaines expositions et certaines histoires culturelles deviennent visibles et historiquement lisibles, tandis que d’autres restent marginalisés, oubliés, censurés ou exclus des archives institutionnelles et des récits dominants de l’histoire de l’art. En abordant ces lacunes et ces complexités, le projet ouvre un dialogue interdisciplinaire entre histoire de l’art, études visuelles, études de la mémoire, théories décoloniales et études des médias.

Le colloque s’articule autour des questions suivantes :

  • Que devient le savoir en histoire de l’art lorsque les archives, les institutions, les objets et les récits sur lesquels il repose deviennent instables, déplacés ou détruits ?
  • Comment les régimes politiques, les institutions et les infrastructures façonnent-ils la discipline de l’histoire de l’art en Ukraine ainsi que les catégories à travers lesquelles les histoires de l’art sont écrites ?
  • Dans quelles circonstances certaines pratiques artistiques deviennent-elles historiquement lisibles, tandis que d’autres restent dans l’ombre ?
  • Comment les pratiques artistiques et les récits historiques façonnent-ils ce qui est retenu, oublié ou réinterprété du passé ?
  • Comment l’organisation du visible devient-elle elle-même un lieu où la violence s’exerce, se légitime, se dissimule, se conteste ou se voit résistée ?
  • Sous quelles formes les objets culturels et les savoirs persistent-ils en dehors des archives institutionnelles et des récits dominants ?

Axes thématiques

Le colloque est structuré autour de quatre axes thématiques :

  • Politiques et pratiques de la mémoire et de l’oubli

Cet axe examine les processus d’effacement, d’omission, d’appropriation et de recontextualisation liés aux héritages impériaux, soviétiques et postsoviétiques, ainsi qu’aux rapports contemporains au passé en Ukraine. Il s’intéresse à la manière dont les régimes politiques reconfigurent les significations et les usages des œuvres, des monuments, des archives et des récits historiques, tout en considérant les pratiques artistiques qui contestent les politiques officielles de la mémoire.

  • Violence et visualité

Cet axe envisage la violence, à partir du contexte ukrainien, non seulement comme un objet de représentation, mais aussi comme une condition inscrite dans les régimes de visibilité. Il examine la manière dont les images et les pratiques visuelles façonnent les manières dont la violence est vue, représentée, dissimulée et rendue intelligible, notamment à travers la censure, la propagande et d’autres formes de contrôle de ce qui peut être montré. Il interroge également la participation des images à la production d’imaginaires idéologiques et de structures de domination, ainsi que les pratiques artistiques qui perturbent les modes établis de voir à travers des contre-images, des visualités alternatives et des stratégies artistiques qui résistent à la spectacularisation et à l’instrumentalisation de la violence.

  • Histoires apocryphes

Cet axe porte sur les pratiques artistiques et les formes de savoir qui persistent, dans le contexte ukrainien, en dehors des archives institutionnelles et des récits officiels, notamment les histoires orales, les interventions éphémères, les œuvres insuffisamment documentées, les initiatives artistiques autogérées et les figures artistiques marginalisées connues à travers la mémoire et le témoignage. Il mobilise des méthodologies issues de la recherche artistique, de l’histoire orale, des études sur les contre-archives et des recherches consacrées aux communautés artistiques auto-organisées. Il interroge la manière dont ces pratiques et ces formes de savoir peuvent contribuer à reconstruire des histoires absentes des archives institutionnelles et des récits dominants.

  • Ruptures et continuités de l’écriture de l’histoire de l’art

Cet axe examine la manière dont les transformations politiques successives ont reconfiguré les institutions, les méthodologies et les catégories de l’histoire de l’art ukrainienne, tout en retraçant les continuités qui persistent entre des périodes souvent considérées comme des ruptures historiques radicales. Il interroge la manière dont l’histoire de l’art en Ukraine, en tant que discipline et profession, a répondu aux transformations politiques et à l’instabilité historiographique.

Modalités

Qui peut participer ?

Le colloque accueille les propositions de chercheuses et chercheurs, historiennes et historiens de l’art, artistes, praticiennes et praticiens, ainsi que de professionnelles et professionnels de la culture, à tous les stades de leur carrière, dont les travaux portent de manière critique sur l’histoire de l’art ukrainien.

 

Modalités de soumission

Les candidates et candidats sont invités à envoyer un seul fichier PDF comprenant :

  • une proposition de communication (200 mots maximum), en indiquant un axe privilégié ;
  • une courte notice biographique (100 mots maximum) ;
  • des mots-clés.

Les candidatures doivent être envoyées à : methodologyseminar@gmail.com

Date limite : 8 novembre 2026

Résultats de la sélection : mi-novembre 2026

 

Conditions de participation

Les frais de déplacement, d’hébergement ainsi que les indemnités journalières des participantes et participants sélectionnés seront intégralement pris en charge.

Comité scientifique

Edit András (Institute of Art History, Budapest)
Mathilde Arnoux (Deutsches Forum für Kunstgeschichte, Paris)
Marion Boudon-Machuel (Institut national d’histoire de l’art, Paris)
Iryna Klymenko (Research Centre Ukraine – Max Weber Foundation, Lviv)
Valerie Mavridorakis (Sorbonne Université, Paris)
Tristan Weddigen (Bibliotheca Hertziana – Max-Planck-Institut für Kunstgeschichte, Rome)

Comité d'organisation

Kateryna Filyuk (IZOLYATSIA. Platform for Cultural Initiatives)
Oksana Karpovets (Sorbonne Université)
Lesia Kulchynska (University of Amsterdam)
Oleksandra Osadcha (Museum of the Kharkiv School of Photography)

Partenariat

Le colloque est organisé par l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), Paris, en collaboration avec la Bibliotheca Hertziana – Max-Planck-Institut für Kunstgeschichte, Rome, le Research Centre Ukraine – Max Weber Foundation, Lviv, l’Institut français, Paris, et l’Institut ukrainien en France, Paris.

Bibliographie

András, Edit. « What Does East-Central European Art History Want? Reflections on the Art History Discourse in the Region since 1989 ». In Extending the Dialogue, edited by Urša Jurman, Christiane Erharter, and Rawley Grau, 52–77. Ljubljana: Igor Zabel Association for Culture and Theory, 2016.

Assmann, Aleida. Cultural Memory and Western Civilization: Functions, Media, Archives. Cambridge: Cambridge University Press, 2011.

Azoulay, Ariella Aïsha. Potential History: Unlearning Imperialism. London: Verso, 2019.

Bernhardt, Katja, Robert Born, Mateusz Kapustka, Antje Kempe, Aleksandra Lipińska, and Beate Störtkuhl. « Des points aveugles en histoire de l’art ? L’exemple de l’Ukraine ». Histoire de l’art, no. 91 (2023): 57–69.

Biedarieva, Svitlana, ed. Art in Ukraine Between Identity Construction and Anti-Colonial Resistance. London/New York: Routledge, 2025.

Chervonik, Olena. « Does Ukraine Have an Art History? » In Decolonising Art: Beyond the Obvious. Kyiv: Ukrainian Institute and ist publishing, 2025.

Demchuk, Stefaniia, and Illia Levchenko, eds. Entangled Art Histories in Ukraine. London: Routledge, 2025.

Kapustka, Mateusz, ed. Under Shelling: Art Historical Revisions in the Light of the War in Ukraine. Heidelberg: arthistoricum.net, 2025.

Lozhkina, Alisa. Permanent Revolution: Art in Ukraine, 20th to Early 21st Century. Kyiv: ArtHuss, 2019.

Mirzoeff, Nicholas. The Right to Look: A Counterhistory of Visuality. Durham, NC: Duke University Press, 2011.

Stoler, Ann Laura. Along the Archival Grain: Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense. Princeton: Princeton University Press, 2009.

Trouillot, Michel-Rolph. Silencing the Past: Power and the Production of History. Boston: Beacon Press, 1995.