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CallFront – Récit de voyages : projection du film documentaire d’Antoine Brendlen
Mis à jour le 16 février 2026
Institution
Auteur : Elsa Guyot
Du 15 au 17 janvier 2026 s’est tenu à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) le colloque final du projet ANR (ANR-22-CE54-0015) Calligraphies aux frontières du monde islamique (Callfront). Intitulé Calligraphies aux frontières du monde islamique : pratiques, circulations et appropriations, il a réuni chercheuses et chercheurs venus d’Europe, d’Amérique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie. Ces trois journées ont offert un riche panorama des recherches menées dans le cadre du projet, consacrées aux écritures en caractères arabes développées en marge des grands centres historiques de l’islam.
Dirigé par Éloïse Brac de la Perrière (INHA), en collaboration avec Maxime Durocher (Sorbonne Université), le projet CallFront explore la diversité des pratiques calligraphiques produites dans des contextes géographiques considérés comme périphériques à ce qui constitue le berceau historique du monde islamique : péninsule Ibérique, Maghreb, Afrique subsaharienne, Anatolie, Balkans, Inde, Asie du Sud-Est ou encore Chine. En interrogeant les notions de norme, de canon et de variation, le projet met en lumière des formes d’écriture longtemps marginalisées par l’historiographie, révélant au contraire leur créativité, leur circulation et leur ancrage social.
Le colloque s’est articulé autour de quatre sessions thématiques, chacune modérée par une personnalité de référence dans le domaine, témoignant de l’ampleur internationale et interdisciplinaire du réseau CallFront.
La première session, Écritures illisibles et écritures magiques : vers une sémiologie de la calligraphie, modérée par François Déroche (Collège de France), a ouvert les discussions en interrogeant les frontières entre lisibilité, image et pouvoir symbolique de l’écriture. Des communications consacrées aux coupes magico-talismaniques sino-islamiques, aux traditions manuscrites illustrées ou encore aux usages décoratifs de la lettre arabe dans les arts figurés de la péninsule Ibérique ont mis en évidence la manière dont la calligraphie dépasse la seule fonction de l’écriture pour devenir une forme d’expression visuelle.
La deuxième session, Traités et pratiques calligraphiques, placée sous la modération de Finbarr Barry Flood (New York University), s’est attachée aux gestes, aux savoirs et aux transmissions. Les intervenants ont mis en évidence les relations complexes entre théorie et pratique, entre modèles prescrits et usages concrets, soulignant le rôle des calligraphes comme acteurs à part entière de la culture écrite.
La troisième session, Calligraphies et chancelleries : normes et variantes, modérée par Nuria de Castilla (EPHE-PSL), a déplacé le regard vers les sphères administratives et politiques. Colophons, firmans, inscriptions monumentales et emblèmes de pouvoir ont été analysés comme des lieux de normalisation, mais aussi d’innovation graphique, révélant la capacité des écritures à incarner l’autorité tout en s’adaptant à des contextes régionaux spécifiques.
Enfin, la quatrième session, Variations régionales des calligraphies canoniques, modérée par Alain Fouad George (Lusail Institute, Doha / Université d’Oxford), a offert une synthèse particulièrement stimulante des enjeux du projet. Des confins du monde ottoman aux côtes de l’Inde, de la Chine à l’Asie du Sud-Est, les communications ont montré comment les écritures dites canoniques (telles que le nastaʿlīq ou les styles ottoman et persan) se transforment au contact de traditions locales, donnant naissance à des esthétiques hybrides.
Le colloque a également été marqué par des temps forts hors sessions. Une séance de travail à la Bibliothèque nationale de France, organisée avec l’appui de Khalid Chakor Alami, chargé des manuscrits arabes, persans et turcs au département des Manuscrits orientaux, a permis aux membres du consortium de confronter directement leurs recherches à des corpus rarement exposés. Cette immersion dans les collections a souligné l’importance du dialogue entre recherche académique et institutions patrimoniales.
Autre temps fort du colloque : la projection, dans l’auditorium de l’INHA, du film CallFront – Récit de voyages, réalisé par Antoine Brendlen. Le cinéaste a accompagné les chercheuses et chercheurs du projet lors de plusieurs missions de terrain, donnant à voir les conditions concrètes de la recherche, les rencontres, les lieux et les objets étudiés. Tourné au Maroc, en Chine et au Sénégal, le film plonge le spectateur au cœur du travail de maîtres calligraphes gardiens des traditions calligraphiques locales : Belaïd Hamidi, Haji Noor Deen et Cheikh Hamou. En documentant la pratique de calligraphes porteurs de savoirs menacés, il donne à voir leurs gestes et leurs manuscrits, tout en soulignant la richesse des échanges entre chercheurs et calligraphes, et la diversité de leurs approches de la calligraphie. Le film offre un regard sensible et complémentaire sur l’aventure collective que représente le projet CallFront.
Une table ronde a été consacrée aux enjeux et méthodologies liées à la description, l’étude et l’exposition des écritures non latines à l’ère du numérique. À cette occasion, tout en dialoguant avec des porteurs de projets engageant des problématiques similaires, Maxime Durocher, Sarah Lakhal (Sorbonne Université) et Nuria Garcia Masip (Sorbonne Université) ont présenté au public les premières images et le fonctionnement du site internet CallFront. Mis en ligne à partir de juin 2026, celui-ci donnera accès aux corpus de calligraphies étudiés par les membres du projet et constituera un outil inédit de recherche et de valorisation.
La présentation des ouvrages consacrés à l’Inde, à l’Afrique et à la Chine a constitué un autre moment important du colloque. Elle a notamment permis d’annoncer la parution, au printemps 2026, chez Brill, de Prisme indien : calligraphies et manuscrits dans l’Inde des sultanats d’Éloïse Brac de la Perrière.
Par son ambition collective, son ouverture internationale et le dialogue constant qu’il a favorisé entre les disciplines, le colloque a mis en lumière l’essor des recherches consacrées à la calligraphie arabe. Loin de marquer un point d’aboutissement, ces rencontres s’inscrivent dans une dynamique appelée à se poursuivre. Le carnet de recherche du projet sur Hypothèses est régulièrement enrichi de nouveaux articles, d’entretiens vidéo avec les chercheuses, les chercheurs et les calligraphes associés au projet ; il constitue ainsi un espace vivant de réflexion et de partage. La base de données CallFront, dont la mise en ligne est prévue à partir de juin 2026, est elle aussi conçue comme un dispositif évolutif, destiné à stimuler la recherche comparative et les interactions entre spécialistes. Par ailleurs, le film documentaire CallFront – Récit de voyages fera l’objet de projections dans différents lieux, en France et à l’international, contribuant à la diffusion et à la valorisation des travaux du projet auprès de publics diversifiés. Les dates de projection seront annoncées sur le carnet de recherche.
CallFront – Récit de voyages : projection du film documentaire d’Antoine Brendlen
De l’atelier au manuscrit : rencontres avec des maîtres calligraphes
Explorer les calligraphies arabes aux frontières du monde islamique : le projet CallFront