Appel à communication - Archives de l'Archéologie : histoire, pluralité et nouvelles perspectivesEchéance 20 mars 2024

Appel à communication : journée d’étude et table ronde internationales

Institut national d’histoire de l’art et École nationale des chartes

28-29 novembre 2024, Paris

 

Cette journée d’étude porte sur les archives de l’archéologie, comprises comme le tremplin d’une histoire sociale, politique et culturelle renouvelée de cette discipline. En France, un regard nouveau sur les archives de l’archéologie émerge sous l’impulsion du projet Archives of European Archaeology (AREA) financé par la commission européenne de 1998 à 2008, et hébergé à l'INHA[1]. Depuis divers projets en France et ailleurs[2] consacrés aux sources de l’archéologie ont permis d’esquisser une première définition de ce que représentent les archives en question, ainsi que de souligner la diversité et la pluralité des supports, la multiplicité des informations historiques qu’elles contiennent et les nombreux usages qui peuvent en être faits. Les archives de l’archéologie recoupent non seulement les documents scientifiques produits au cours de recherche sur le terrain, en musée ou en laboratoire, mais aussi ceux de son administration et des divers acteurs qui s’engagent aux différentes étapes de sa pratique, jusqu’à sa dissémination. Exploitées tant par les archéologues et les historiens que les anthropologues et les sociologues, ces sources sont désormais au cœur de différents projets de recherches et de numérisation, tout en faisant l'objet de conférences, de journées d’études et de publications[3].

Le développement de l’intérêt et du rapport aux archives depuis plus d’une vingtaine d’années a permis une plus grande appréhension et exploitation des archives de l’archéologie. En effet, les histoires de la discipline s’appuient sur des archives plurielles conservées dans des fonds publiques ou privées. Celles-ci se sont aussi étendues dans l’espace permettant une approche davantage internationale et connectée de la discipline, notamment lorsqu’elle est pratiquée dans des espaces coloniaux et impériaux[4]. À cette ouverture géographique s’ajoute celle qui consiste à interroger des facettes de l’histoire de la discipline jusqu’à présent marginalisées ou à éclairer des acteurs de la discipline restés dans l’ombre ou du moins dans les marges des archives – et de l'histoire – tels que les femmes, les employés des chantiers archéologiques ou des administrations et les acteurs non-professionnels de la discipline[5]. En somme, la prise en compte et la valorisation de la multiplicité et de la pluralité des archives de la discipline reflètent réciproquement les multiples « situations archéologiques » à travers le temps et l’espace. Leurs usages permettent ainsi de renouveler et d’étendre cette histoire sociale, politique et culturelle de l'archéologie.

Ces recherches bénéficient de l’intérêt et des réflexions que portent les archivistes, les conservateurs et les archéologues à leurs archives. En effet, la collecte, le traitement, la conservation et la transmission des archives de l’archéologie conduisent à créer des relations nouvelles avec les sources actuelles et du passé[6]. Cette réflexion sur les archives au sein des institutions qui en sont les détentrices, mais aussi par leurs producteurs, ouvre un autre champ de questionnements sur l’histoire des collections, sur les lieux où sont entreposées les archives mais aussi sur les acteurs de leur production à leur conservation. Bénéficiant du tournant archivistique, cette approche historique des archives de l’archéologie conjuguée avec l'étude de leur conditions présentes, pousse à décentrer nos regards et à dépasser des cadres d’analyse qui se sont imposés jusqu’à peu aux historiens de la discipline.

Les contributions pourront s’inscrire dans les trois axes suivants :

1)     Histoires et trajectoires des archives de l’archéologie

Les contributeurs sont invités à présenter l’histoire de fonds d’archives de l’archéologie depuis la production de la documentation archéologique jusqu’à leur mise en archive, tout en décrivant leur état actuel et leurs conditions d’accès. Les interventions peuvent se pencher sur le rôle du producteur et/ou des acteurs qui ont eu la charge de leur traitement et transmission. Ces présentations pourront se combiner avec une réflexion sur la manière dont cette histoire des archives – comme objet, et non seulement comme source – contribue à celle de la discipline.

2)     Nouveaux terrains, nouvelles archives ? Au-delà de l’archive de fouilles

Cet axe, complémentaire du premier, a pour objectif d’offrir une place aux archives conservées dans des lieux qui ne sont pas nécessairement associés à l’exercice de l’archéologie, tels que des fonds d’institutions religieuses, des archives diplomatiques, des archives familiales. Des contributions portant sur des fonds d’archives conservés hors de l’Europe, ou sur des chantiers extra-européens sont encouragés.

3)     (Re)lire les archives pour sortir des marges

Ce dernier axe vise à donner de la visibilité aux histoires de l’archéologie au prisme d’autres historiographies, dont les études subalternes, sur le genre, post-coloniales ou des historiographies des religions, coloniales. Les contributions accorderont une place importante au rôle des sources et à leurs usages pour engager ce dialogue.

Calendrier :

- Merci d'envoyer vos propositions (maximum 2000 signes, suivi de 5-6 mots clefs et de 3 lignes maximum de biographie), en français ou en anglais, à chloe.rosner @ inha.fr, avant le 20 mars 2024

- Les communications retenues seront annoncées le 20 avril 2024

Organisation : Chloé Rosner

Comité scientifique :

Cécile Colonna, INHA ; Clémentine Gutron, CNRS ; Artemis Papatheodorou, Early Career Fellow Center for Hellenic Studies Harvard University ; Nathan Schlanger, École nationale des chartes

 

[1] Schnapp, Alain, Schlanger, Nathan et Levin, Sonia, Archives de l’archéologie européenne (Area) Pour une histoire de l’archéologie française, Nouvelles de l’archéologie, n°110, 2007, p. 5-8.

[2] Voir entre autres le projet : NAHAN - North African Heritage Archives Network ou les publications de : Rubina, Raja (éd.), Shapping archaeological Archives: Dialogues between fieldwork, museum collections and private archives, Turnhout, Brepols, 2023 ; Rubina, Raja et Bobou, Olympia (éd.), Archival Historiographies. The impact of 20th century legacy data on archaeological investigations, Turnhout, Brepols, 2022 ; Baird, Jennifer et McFadyen, Lesley, Towards an archaeology of archaeological archives, Archaeological Review from Cambridge, vol. 29, n° 2, 2014, p. 14-32.

[3] On peut aussi citer : le séminaire du laboratoire TRACES « Statuts et usages des archives de l’archéologie » ; la conférence « Quand l’archéologie construit ses archives » organisés au musée d’Archéologie nationale en 2017 ; le programme autour du fonds de trois générations d’archéologues Poinssot conduit à l’INHA - Dondin-Payre, Monique, et al. (éd.). Autour du fonds Poinssot: Lumières sur l’archéologie tunisienne (1870-1980), Paris, INHA, 2017 et l’école thématique : les archives de l’archéologie au Maghreb (2022) aux archives nationales de Tunisie. Parmi de nombreux projets numériques, on peut citer le projet sur les archives du site préhistorique d’Arcy-sur-Cure (2ARC).

[4] Entre autres : Nanta, Arnaud, L’archéologie japonaise en Corée coloniale : Trajectoires, terrains et représentations, Hespéris Tamuda, vol. 57, n°2, 2022, p. 555-584 ; Habu, Junko, Fawcett, Clare, et Matsunaga John (dir.), Evaluating Multiple Narratives: Beyond Nationalist, Colonialist, Imperialist Archaeologies, New York, Springer Link,  2008 ; Schlanger, Nathan, Gutron, Situations archéologiques, expériences coloniales, Les nouvelles de l’archéologie, n° 128, 2012, p. 41-46 ; Gutron, Clémentine, L’archéologie en Tunisie (XIXe-XXe siècles). Jeux généalogiques sur l’Antiquité, Paris, Karthala, 2010 ; Díaz-Andreu, Margareta, A world history of nineteenth-century archaeology: nationalism, colonialism, and the past, Oxford, Oxford University Press, 2017; Effros, Bonnie, et Lai, Guolong (éd.), Unmasking ideology in imperial and colonial archaeology : vocabulary, symbols, and legacy, Los Angeles, Cotsen Institute of Archaeology Press, 2018.

[5] Díaz-Andreu, Margarita et Stig Sorensen, Marie Louise, Excavating Women A History of Women in European Archaeology. Routledge, 1998 ; Quirke, Stephen, Hidden Hands: Egyptian Workforces in Petrie Excavation Archives, 1880–1924, Londres,Duckworth, 2010 ; Mickel, Allison, Why Those Who Shovel are Silent: A History of Local Archaeological Knowledge and Labor, Boulder, University Press of Colorado, 2021.

[6] Marlet, Olivier, et al. Le Livre Blanc du consortium Mémoires des Archéologues et des Sites Archéologiques : Guide des bonnes pratiques numériques en archéologie, 2022. Rimelen, François et Montagne-Bôrras, Aurélie, Gérer les archives de missions archéologiques françaises à l’étranger à la Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès, Les nouvelles de l'archéologie,n° 145, 2016, 12-17 ; 8 ; Stahl, Marie et Schirr, Lucie, Les archives de l’archéologie : définition, législation, état des lieux, Archimède, vol. 2, 2015, p. 9-19.

Call for Papers: International Workshop and Round Table

Archives of Archaeology: History, Plurality, and New Perspectives

Institut national d'histoire de l'art and École nationale des chartes,

November 28-29, 2024, Paris

This workshop focuses on the archives of archaeology, as a stepping-stone for a renewed social, political, and cultural history of this discipline. In France, new perspectives on the archives of archaeology emerged under the impetus of the Archives of European Archaeology (AREA) project, funded by the European Commission from 1998 to 2008 and hosted at the National Institute for the History of Art (INHA)[1]. Since then, in France and elsewhere, archives have been increasingly used by archaeologists, historians, anthropologists, and sociologists, and they have also been at the heart of various research and digitization projects, conferences, workshops and publications[2]. An initial definition of the archives of archaeology has led to a better understanding of their diverse and plural nature, of the multiplicity of historical information they contain and of the numerous uses that can be made of them. Archaeological archives encompass not only scientific documents produced in the field, in museums, or laboratories but also those of its administration and various actors involved at different stages of its practice, up to its dissemination.

The growing interest in, relationship and engagement with archives has allowed for a greater understanding and use of these sources. Indeed, histories of the discipline rely on diverse sources preserved in public or private collections. Archives have also expanded geographically, allowing for a more international and connected approach to the discipline, especially when practiced in colonial and imperial settings[3]. This geographical opening is complemented by the examination of marginalized facets of the history of the discipline or by shedding light on actors who have remained in the shadows or at least on the margins of its archives—and of its history—such as women, employees of archaeological sites or administrations, and non-professional actors in the discipline[4]. In short, considering and valuing the multiplicity and plurality of archives in the discipline can reflect on multiple 'archaeological situations' across time and space. Their use thus allows for the renewal and expansion of the social, political, and cultural history of archaeology.

These research efforts benefit from the interest and reflections of archivists, curators, and archaeologists on their archives. Indeed, the collection, processing, preservation, and transmission of archaeological archives lead to the creation of new relationships with current and past sources[5]. Reflections on archives within the institutions that hold them, but also by their producers, open up another field of questioning about the history of collections, the places where archives are stored, and the actors from their production to their conservation. Benefiting from the archival turn, this historical approach to archaeology archives, combined with the study of their current conditions, pushes us to shift our perspectives and reach beyond the analytical frameworks followed by historians of the discipline until now.

Contributions to the workshop can fit into the following three axes:

1)     Histories and Trajectories of Archaeology Archives

Contributors are invited to present the history of archaeological archive collections from the production of archaeological documentation to their archiving, while describing their current state and conditions of access. Presentations can delve into the role of the producer and/or the actors responsible for their processing and dissemination. These presentations can be combined with a reflection on how this history of archives—as an object, not just as a source—contributes to a broader understanding of the discipline.

2)     New Fields, New Archives? Beyond Excavation Archives

This axis, complementary to the first, aims to provide a space for archives held in places not immediately associated with archaeological practice, including the collections of religious institutions, diplomatic archives, family archives, etc. Contributions focusing on archive collections stored outside of Europe or of extra-European excavations are encouraged.

3)     (Re)reading Archives to Move Beyond Margins

This final axis aims to highlight the histories of archaeology through the prism of other historiographies, including subaltern studies, gender studies, post-colonial studies, or historiographies of religions, colonies, etc. Contributions will give significant importance to the role of sources and their uses to engage in this dialogue.

Timetable:

- Please send your proposals (no more than 2000 characters (400 words), followed by 5-6 keywords and a maximum of 3 lines of biography), in French or in English, to chloe.rosner @ inha.fr, before March 20, 2024.

- Selected papers will be announced on April 20, 2024.

Organized by: Chloé Rosner, INHA

Scientific Committee:

Cécile Colonna, INHA; Clémentine Gutron, CNRS; Artemis Papatheodorou, Early Career Fellow Center for Hellenic Studies Harvard University; Nathan Schlanger, École nationale des chartes

 

[1] Schnapp, Alain, Schlanger, Nathan and Levin, Sonia, Archives de l’archéologie européenne (Area) Pour une histoire de l’archéologie française, Nouvelles de l’archéologie, n°110, 2007, p. 5-8.

[2] Among others: NAHAN - North African Heritage Archives Network ou les publications de : Rubina, Raja (éd.), Shapping archaeological Archives: Dialogues between fieldwork, museum collections and private archives, Turnhout, Brepols, 2023 ; Rubina, Raja and Bobou, Olympia (éd.), Archival Historiographies. The impact of 20th century legacy data on archaeological investigations, Turnhout, Brepols, 2022; Baird, Jennifer and McFadyen, Lesley, Towards an archaeology of archaeological archives, Archaeological Review from Cambridge, vol. 29, n° 2, 2014, p. 14-32.

[3] Nanta, Arnaud, L’archéologie japonaise en Corée coloniale : Trajectoires, terrains et représentations, Hespéris Tamuda, vol. 57, n° 2, 2022, p. 555-584 ; Habu, Junko, Fawcett, Clare, and Matsunaga John (dir.), Evaluating Multiple Narratives: Beyond Nationalist, Colonialist, Imperialist Archaeologies, New York, Springer Link,  2008 ; Gutron, Clémentine, Situations archéologiques, expériences coloniales, Les nouvelles de l’archéologie, n°128, 2012, p. 41-46 ; Gutron, Clémentine, L’archéologie en Tunisie (XIXe-XXe siècles). Jeux généalogiques sur l’Antiquité, Paris, Karthala, 2010; Díaz-Andreu, Margareta, A world history of nineteenth-century archaeology: nationalism, colonialism, and the past, Oxford, Oxford University Press, 2017; Effros, Bonnie, and Lai, Guolong (éd.), Unmasking ideology in imperial and colonial archaeology : vocabulary, symbols, and legacy, Los Angeles, Cotsen Institute of Archaeology Press, 2018.

[4] Díaz-Andreu, Margarita and Stig Sorensen, Marie Louise, Excavating Women A History of Women in European Archaeology. Routledge, 1998; Quirke, Stephen, Hidden Hands: Egyptian Workforces in Petrie Excavation Archives, 1880–1924, London,Duckworth, 2010 ; Mickel, Allison, Why Those Who Shovel are Silent: A History of Local Archaeological Knowledge and Labor, Boulder, University Press of Colorado, 2021.

[5] Marlet, Olivier, et al. Le Livre Blanc du consortium Mémoires des Archéologues et des Sites Archéologiques : Guide des bonnes pratiques numériques en archéologie, 2022. Rimelen, François and Montagne-Bôrras, Aurélie, Gérer les archives de missions archéologiques françaises à l’étranger à la Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès, Les nouvelles de l'archéologie,n° 145, 2016, 12-17 ; 8 ; Stahl, Marie and Schirr, Lucie, Les archives de l’archéologie : définition, législation, état des lieux, Archimède, vol. 2, 2015, p. 9-19.