Collectionneurs d’œuvres d’art en France, 1400-1914Programme en cours

Légende : Roberts James (av. 1800-ap. 1867), Charles Sauvageot dans son appartement du 56 rue du Faubourg Poissonnière à Paris, 1856, gouache, H. 0,32 m x L. 0,47 m, Paris, musée du Louvre, inv. R.F. 24032-recto

Permettre d’appréhender le collectionnisme en France sur la longue durée, quelle que soit la nature de l’objet convoité, à travers la personnalité et le parcours de ses principaux protagonistes, tel est l’enjeu de ce programme.

Le programme consiste en l’établissement d’un répertoire prosopographique relatif aux individus, femmes et hommes, qui, du XVe siècle à l’aube de la Première guerre mondiale, période de l’âge d’or des collections particulières et de leur progressive patrimonialisation au contact des musées, ont eu à cœur de rassembler en France des objets, de toute époque et de toute nature, pour faire œuvre de collection. Il donnera lieu à la conception d’une base de données en deux volets : l’un, purement documentaire, fournira toutes les données relatives à chaque individu et à sa collection ; l’autre, éditorialisé, offrira sous la forme d’une notice scientifique dûment rédigée, une mise en perspective de son parcours de collectionneur et de son rapport à la collection.

Au-delà d’une approche purement biographique, il s’agit de s’intéresser aux pratiques de ces « collecteurs », en mettant en évidence les mécanismes sociaux, professionnels, économiques, géostratégiques, culturels, symboliques et esthétiques qui ont présidé à leur collecte, que celle-ci soit personnelle ou altruiste, commanditée ou circonstancielle  ; d’interroger leurs motivations, leurs goûts et les finalités tant de leur quête que de leur générosité, lorsqu’elle a donné lieu, par exemple, à une libéralité, legs ou don, en faveur d’une institution publique, car s’y dessine bien souvent en creux une conception du rapport à l’œuvre et/ou au musée tout à fait particulière ; d’identifier les espaces domestiques dévolus aux objets rassemblés, ainsi que les modes et les dispositifs de leur monstration (scénographie, accrochage, encadrement, soclage, etc.) et de leur identification (cartels, livrets, marquage des œuvres, etc.) ; d’examiner dans quelle mesure les choix des collectionneurs ont pu orienter la façon d’écrire et de raconter des histoires de l’art ou à l’inverse de ce rôle normatif, sont le reflet plus ou moins docile des discours dominants.

Le programme a en outre pour objectif de permettre, autant que faire se peut, de cartographier dans le temps et par une approche multicritère (par exemple, par profession ou état du collectionneur, par type d’objet collectionné, etc.) le collectionnisme en France, ainsi que les différents lieux de conservation où sont aujourd’hui disséminés certains ensembles ayant appartenu à un même individu. Enfin, il donnera accès, en les géolocalisant, aux ressources documentaires connues (testaments et inventaires après décès, listes de collections et catalogues de ventes, correspondance, vues et élévations, photographies, bibliographie et sitographie, etc.) relatives à chaque « collecteur ».