Répertoire des acteurs du marché de l’art en France sous l’occupation allemande (1940-1945)Programme en cours

Vente aux enchères publiques sous l’autorité de Maître Étienne Ader. Galerie Charpentier,  Paris, 20 juin 1944 © Parisienne de photographie

Ce programme porte sur l'étude du marché, des galeries, des collections privées, des spoliations et des restitutions.

Historique

Plus de soixante-dix ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, nos connaissances sur les transferts, les trafics et les spoliations d’œuvres d’art générés par l’occupation allemande en France sont encore trop lacunaires, quoique en constante progression. Si de nombreuses enquêtes individuelles ont été menées ces dernières années, après la période de relatif désintérêt pour cette question qui a suivi l’action menée notamment par Rose Valland dès la fin de la guerre, si elles ont permis de  nombreuses restitutions, une identification exhaustive des différents acteurs du marché de l’art de cette époque, des opérations qu’ils ont effectuées, des œuvres qui sont passées entre leurs mains, devient urgente, notamment afin de fournir un fondement stable à la documentation des œuvres et aux recherches concernant leur histoire et leur provenance.

Sous l’occupation allemande, le marché de l’art est extrêmement florissant, mobilisant de très nombreux acteurs, tant allemands que français – victimes, criminels et intermédiaires. Cette euphorie est en particulier le reflet d’un afflux de marchandises issues de confiscations et de spoliations de personnes considérées comme juives par les ordonnances allemandes, les lois de Vichy et le Commissariat général aux Questions juives. L’exclusion – voire, dans de nombreux cas, la suppression – d’une partie des acteurs traditionnels de ce marché explique également que de nouveaux acteurs viennent bouleverser les circuits traditionnels des échanges artistiques. Dès 1993, l’historienne Laurence Bertrand Dorléac dans ses travaux pionniers présentait l’ampleur du trafic du commerce des objets d’art : « Il ne faudra pourtant pas négliger les mouvements imperceptibles du changement, en pleine Occupation, lorsque la vacuité de l’époque renvoyait les moins avertis vers les chasses réservés de l’élite cultivée. L’agitation des salles des ventes, lieux traditionnellement plus ouverts que les galeries, rendait sans doute aussi bien compte de l’opportunisme financier que de nouveaux déplacements sociologiques.  Durant la seule année 1941-1942, 2 millions d’objets transitaient par l’Hôtel Drouot ».

C’est l’étude de ces « mouvements imperceptibles » que ce projet entend mener à bien.

Présentation du projet

La réalisation d’un instrument de recherche participant d’une meilleure connaissance du marché de l’art à Paris sous l’Occupation allemande est l’objectif principal du projet.

Les recherches sur le marché de l’art au temps du national-socialisme ont récemment fait l’objet d’un regain d’intérêt, à la suite de la découverte le 28 février 2012 de 1258 toiles et dessins à Schwabing, dans un quartier de Munich, chez Cornelius Gurlitt, fils d’un marchand d’art proche des milieux artistiques nazis. Si de nombreuses questions ont été soulevées à l’occasion de cette découverte, il n’en demeure pas moins que l’étude de l’interdépendance des marchés français et allemand n’a pas encore donné lieu à une enquête approfondie. C’est pour cette raison que l’Institut national d’histoire de l’art, en partenariat avec l’Université technique de Berlin, souhaite ouvrir le programme de recherche Répertoire des acteurs du marché de l’art en France sous l’occupation allemande (1940-1945). Étudier et répertorier les différents acteurs du marché de l’art durant cette période (marchands d’art, courtiers, intermédiaires, collectionneurs et amateurs-éclairés, commissaires-priseurs, historiens d’art et personnel des musées) est essentiel. Ce répertoire aura pour ambition de révéler la photographie précise et dynamique des personnes qui se sont trouvées au cœur des échanges artistiques et commerciaux entre les deux pays. Il permettra de reconstituer les parcours des hommes et des œuvres en diachronie.

Ce répertoire sera d’abord créé sous forme de base de données, avec des entrées individuelles qui permettront croisements et vérifications systématiques des informations. Celles-ci seront strictement factuelles et fondées sur des recherches extensives et intensives dans les archives allemandes et françaises – voire de tout autre pays dont la prise en compte apparaitrait nécessaire. Le répertoire, dont l’accès sera public et gratuit, pourra faire l’objet d’une version papier selon le besoin estimé et servir de fondement à une extension géographique dans tous les pays qui ont eu à subir l’occupation allemande et les politiques de persécution et d’extermination nazies.

Le programme entend combler les lacunes de l’histoire du marché de l’art pendant cette période et mieux comprendre celui-ci, notamment à travers une histoire précise des hommes et des œuvres. Il permettra également de créer un outil de travail consultable par tous les acteurs contemporains du monde de l’art, préoccupés de vérifier la provenance des œuvres, que celles-ci se trouvent dans les collections publiques, en mains privées ou dans le marché.

Ce programme de recherche fait l'objet d'une campagne de mécénat. Pour en savoir plus, consultez la page dédiée.

Équipe INHA

  • Ariane James-Sarazin, conseillère scientifique, responsable du programme
  • Emmanuelle Polack, chef de projet

Partenaires

  • Ministère de la Culture et de la Communication (DMF)
  • Fondation pour la mémoire de la Shoah
  • Getty Research Institute
  • Technische Universität Berlin

Journée d'études

Œuvres spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale : présentation des outils de recherche permettant d'en retracer l'historique, 23 janvier 2013, 14h30-18h, organisée par l'INHA, à l'INHA.

Programme de la journée d'études (PDF)


Soutenance de thèse

Le paradigme du marché de l’art à Paris sous l’Occupation 1940-1945
Réalisée le 9 septembre 2017 à l'INHA

En savoir plus


Journée d'études

« Femmes et musées », Journée d'étude organisée le 11 octobre à l'INHA par Arnaud Bertinet et Charlotte Foucher Zarmanian.
Intervention d'Emmanuelle Polack sur : « Rose Valland, la dame du musée du Jeu de Paume (1941-1944) »

En savoir plus sur cette journée d'études

 

Colloque

« Spoliation et trafic. Le marché de l’art français sous l’occupation allemande (1940–1944) » organisé 30 novembre et 1er décembre 2017 par le Deutsche Zentrum Kulturgutverluste à Bonn.
intervention d'Emmanuelle Polack sur : « La situation des galeristes français durant l‘Occupation allemande: l‘exempledu marchand d‘art René Gimpel »

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