Perspective - actualité en histoire de l’art Transports - n° 2022-1Propositions à envoyer avant le 12 mai 2021 / before May 12, 2021

Coffre renfermant des draps de lin, Égypte (Thèbes, nécropole de Cheikh Abd el-Gournah), Nouvel Empire, début de la XVIIIe dynastie, bois, enduit à la chaux, 75 × 46,5 × 46,5 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art, inv. 36.3.55a,b.

Français

La revue Perspective consacrera son numéro 2022 – 1 à la question du transport des objets et des œuvres d’art. Si l’étude du transport de biens patrimoniaux a donné lieu à une littérature spécialisée conséquente et demeure un enjeu capital pour les institutions qui les préservent, une historiographie du développement et de la normalisation de ses pratiques reste à envisager. À l’inverse, l’histoire de l’art, dans laquelle les phénomènes de circulations et de transferts artistiques constituent un champ de recherche bien établi, délaisse trop souvent les aspects les plus pragmatiques de l’acheminement physique des objets. Il s’agira d’étudier les objets, et leur « état de chose », dans le moment même de leur déplacement, souvent révélateur de l’importance que les sociétés leur confèrent.

Outre son ancrage dans la vie matérielle des choses, la thématique du transport guide également vers une histoire alternative de la production artistique, comme le propose Jennifer L. Roberts dans son ouvrage Transporting Visions. The Movement of Images in Early America (Berkeley, University of California Press, 2014). En évoquant le cas d’artistes travaillant dans la pleine conscience des déplacements futurs de leurs œuvres, l’historienne forge le concept de long-distance pictures, c’est-à-dire d’images dont le contenu même semble interroger leur positionnement propre dans l’espace et le temps. Si l’on retrouve des œuvres en caisse et des mises en scène de déplacements dans nombre de représentations anciennes, l’art récent questionne souvent les enjeux du transport, jouant du contenant devenu contenu, ou propageant un métadiscours sur le statut de l’œuvre d’art au sein du système économique, politique et esthétique qui la conditionne.

Au croisement de ces problématiques professionnelles, techniques, scientifiques et méthodologiques, cette livraison entend mettre en perspective les manières dont les archéologues, les historiens de l’art, les conservateurs, et l’ensemble des chercheurs en sciences humaines, s’emparent de cette question du transport des objets et des œuvres d’art et en déploient les multiples et fécondes implications. Elles seront entendues dans une chronologie large, allant des premières sociétés productrices d’artefacts aux débats très contemporains sur le numérique, sans limitation géographique ni restriction en termes de médiums. Les propositions de contribution devront situer leurs investigations au cœur d’une histoire en mouvement perpétuel : des migrations artistiques aux échanges culturels, saisis dans toute leur diversité (sociale, transnationale, etc.), sans oublier évidemment les pratiques muséales et les expositions.

 La revue examinera toute contribution portant sur l’histoire du transport des objets et des œuvres d’art, des biens patrimoniaux et des archives, sur ses représentations, ses pratiques, ses implications, ses motivations et ses conséquences. Les propositions devront s’inscrire dans la ligne éditoriale de la revue : sans jamais se limiter à de simples études de cas, les contributions veilleront à mettre en évidence des enjeux historiographiques précis et une réflexion sur la manière dont l’histoire de l’art, l’histoire du patrimoine et l’archéologie se saisissent de la notion de transport pour penser leurs méthodes et leurs cadres scientifiques. En ce sens, les propositions discuteront de manière critique les contributions et débats qui renouvellent le champ de l’histoire de l’art et de l’archéologie aujourd’hui, et veilleront à mettre en œuvre une réflexivité qui les ancrera dans les débats de la discipline, des sciences voisines et de notre temps.

Pourront également être proposées des contributions prenant la forme de comptes rendus croisés de plusieurs ouvrages récents (parus dans les dix dernières années) et significatifs quant aux débats soulevés par la question du transport, dans les différentes disciplines envisagées.

Parmi les thématiques possibles, auxquelles s’ajouteront celles des propositions reçues :

 Le moment du transport comme fabrique de valeur et de sens

- Le transport des œuvres d’art et la fabrique de la valeur : usages, fétichisations, hiérarchies, coûts, assurances, estimation de l’inestimable…

- Le transport d’objets et d’œuvres d’art dans la vie des sociétés : processions, triomphes, manifestations, etc.

- Les migrations de populations qui impliquent des transports d’objets et d’œuvres.

- Le transport d’objets et d’œuvres d’art comme outil et enjeu de diplomatie culturelle.

 Les transports contraints

- Le transport d’art en temps de danger, de conflit ou de violence : mesures de protection, évacuations, translocations, dépossessions, retours…

- Les anxiétés patrimoniales : histoire des dégradations, de destructions ou de pertes conséquentes au transport des objets ; histoire du vol des œuvres d’art et des larcins ; absences et présences des objets ; anticipations ou réactions face aux dangers des transports non désirés (crues, incendies, périls exceptionnels).

 Les transports organisés : formes et accessibilité

- Le transport d’art et ses traces matérielles dans la vie des institutions patrimoniales : déplacements, mouvements d’œuvres, réserves fermées ou visitables, traces matérielles du transport de l’œuvre (constats, étiquettes, marquage).

- L’histoire des expositions : expositions d’œuvres prêtées, expositions itinérantes, expositions diplomatiques…

- L’art intransportable (ou presque) : œuvres immobiles, non déplaçables, ensembles architecturaux…

- L’écologie et la soutenabilité du transport d’art : histoire, implications, nouvelles pratiques.

- Le transport comme vecteur d’accessibilité à l’œuvre (enjeux de démocratisation culturelle, de pouvoir institutionnel), expositions itinérantes ; musées mobiles ; antennes régionales ou internationales.

- Le déplacement comme méthode : historiennes et historiens de l’art en transit ; la migration d’archives et de documentation.

- Transporter l’art à l’ère du numérique : déplacements virtuels, accessibilités augmentées...

  Les transports et leurs représentations

- Le transport d’art et ses représentations dans les arts visuels, au cinéma, dans la littérature, le jeu vidéo, la bande dessinée…

- Le transport à l’œuvre : pratiques artistiques et œuvres d’art traitant spécifiquement de la question du transport ; les objets comme « véhicules d’images » (Aby Warburg).

Perspective

Publiée par l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) depuis 2006, Perspective est une revue semestrielle dont l’ambition est d’exposer l’actualité plurielle d’une recherche en histoire de l’art qui soit toujours située et dynamique, explicitement consciente de son historicité et de ses articulations. Elle témoigne des débats historiographiques de la discipline sans cesser de se confronter aux œuvres et aux images, d’en renouveler la lecture, et de nourrir ainsi une réflexion globale, intra- et interdisciplinaire. La revue publie des textes scientifiques offrant une perspective inédite autour d’un thème donné. Ceux-ci situent leur propos dans un champ large, sans perdre de vue l’objet qu’ils se donnent : ils se projettent au-delà de l’étude de cas précise, et interrogent la discipline, ses moyens, son histoire et ses limites, en inscrivant leurs interrogations dans l’actualité – celle de la recherche en histoire de l’art, celle des disciplines voisines, celle enfin qui nous interpelle toutes et tous en tant que citoyens.

Perspective invite ses contributeurs à actualiser le matériel historiographique et le questionnement théorique à partir duquel ils élaborent leurs travaux, c’est-à-dire à penser, à partir et autour d’une question précise, un bilan qui sera envisagé comme un outil épistémologique. Ainsi, chaque article veillera à actualiser sa réflexion en tissant autant que possible des liens avec les grands débats sociétaux et intellectuels de notre temps.

La revue Perspective est pensée comme un carrefour disciplinaire ayant vocation à favoriser les dialogues entre l’histoire de l’art et d’autres domaines de recherche, des sciences humaines notamment, en mettant en acte le concept du « bon voisinage » développé par Aby Warburg.

 Toutes les aires géographiques, toutes les périodes et tous les médiums sont susceptibles d’y figurer.

 Contribuer

Prière de faire parvenir vos propositions (un résumé de 2 000 à 3 000 signes, un titre provisoire, une courte bibliographie sur le sujet, et une biographie de quelques lignes) à l’adresse de la rédaction (revue-perspective@inha.fr) avant le 12 mai 2021.

Perspective prenant en charge les traductions, les projets seront examinés par le comité de rédaction du numéro quelle que soit la langue. Les auteurs des propositions retenues seront informés de la décision du comité en juin 2021, tandis que les articles seront à remettre pour le 1er octobre 2021.

Les articles soumis, d’une longueur finale de 25 000 ou 45 000 signes selon le projet envisagé, seront définitivement acceptés à l’issue d’un processus anonyme d’évaluation par les pairs.

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English

 

The journal Perspective will devote its 2022/1 issue to the transport of objects and artworks. While the study of the transport of cultural heritage assets has given rise to considerable specialized literature and remains a key issue for the institutions responsible for their conservation, the historiography of the development and standardization of its practices remains to be established. And conversely, within the history of art, where the phenomena of artistic circulation and transfers constitute a well-established research field, the most pragmatic aspects of the physical transport of the objects tend to be ignored. This issue of Perspective will therefore study the objects themselves and their “thingness” at the very moment of their displacement, which is often an indicator of the importance societies accord them.

In addition to its grounding in the material life of things, the theme of transport also leads us to an alternative history of artistic production, as Jennifer L. Roberts suggests in Transporting Visions. The Movement of Images in Early America (Berkeley, University of California Press, 2014). Citing the case of artists who are fully conscious of the future mobility of their works at the time they create them, the art historian develops the concept of “long-distance pictures”, in the sense of images whose very content appears to question their position in space and time. While we find crated artworks and staged displacements in many older representations, recent art often engages with issues of the transport itself, playing on the container as content or developing a metadiscourse on the status of the work of art within the economic, political or aesthetic system conditioning it.

By bringing together such professional, technical, scientific and methodological questions, this issue of Perspective is intended to shed light on the ways archeologists, art historians, curators and other researchers in the humanities deal with the transport of objects and artworks and reveal the richness of its many implications. The time frame is open ended, extending from the earliest societies producing artifacts to the latest debates on digital culture, with no limits on geography or media. Proposed investigations should be situated within a history in perpetual motion, from artistic migrations to cultural exchanges, grasped in all their diversity (be it social, transnational or other), not to mention, obviously, museum practices and exhibitions.

The journal will consider all articles dealing with the history of the transport of objects and artworks, heritage assets and archives, its representations, practices, implications, motivations, and consequences. Proposals should correspond to the journal’s editorial policy, which is aimed at going beyond simple case studies in order to bring out specific historiographical issues and, in this instance, analyze the ways art history, cultural heritage history and archeology make use of the concept of transport in order to rethink their methods and scholarly frameworks. To this end, proposals should offer a critical look at the contributions and debates renewing the fields of art history and archeology today, through a reflexive approach that will ground them within the debates of the discipline, related fields, and our time in general.

The issue is also open to review essays addressing several recent publications (within the past ten years) which are relevant to the discussions raised by the question of transport in the different disciplines under consideration.

Among the possible (but non-exhaustive) themes to be explored:

 

The moment of transport in the production of value and meaning

- The transport of artworks and the creation of value (uses, fetichizing, hierarchies, costs, insurance, estimating the value of the invaluable, etc.).

- The transport of objects and artworks within the life of societies (processions, victories, demonstrations, etc.).

- Population migrations involving the transport of objects and artworks.

- The transport of objects and artworks as an issue and tool of cultural diplomacy.

 Transport under duress

- Transporting art in times of danger, conflict, or violence (protective measures, evacuation, transfer, spoliation, return, etc.).

- Cultural heritage anxieties: the history of deteriorations, destructions, losses as a consequence of the transport of objects; the history of artwork thefts; absences and presences of objects; anticipating or reacting to the dangers of unwanted displacements (floods, fires, exceptional risks).

 

Organized transport: forms and accessibility

- The transport of art and its material traces in the life of cultural heritage institutions: displacements, movement of works, storage areas (closed or open for visits), material traces of artwork transports (reports, labels, markings).

- The history of exhibitions (loan-based exhibits, traveling exhibits, diplomatic exhibits, etc.).

- Non-transportable artworks (or almost): stationary or unmovable works, architectural ensembles.

- The ecology and sustainability of art transport: history, implications, new practices.

- Transport as a medium of accessibility (issues of cultural democratization, institutional power); traveling exhibitions, mobile museums, regional or international satellite branches.

- Displacement as method: art historians in transit; the migration of archives and documentation.

- Transporting art in the digital age: virtual displacements, extended accessibility.

 Transports and their representations

- The transport of art and its representations in the visual arts, movies, literature, video games, comics, etc.

- Transport at work: artistic practices and artworks dealing specifically with the issue of transport; objects as “image vehicles” (Aby Warburg).

 Perspective

Published by the Institut national d’histoire de l’art (INHA) since 2006, Perspective is a biannual journal which aims to bring out the diversity of current research in art history through a constantly evolving approach that is explicitly aware of itself and its own historicity and articulations. It bears witness to the historiographical debates within the field, while remaining in continuous relation with the images and works of art themselves, updating their interpretations, and thus fostering global, intra- and interdisciplinary reflection. The journal publishes scholarly texts which offer innovative perspectives on a given theme. These may be situated within a wide range, yet without ever losing sight of their larger objective: going beyond any given case study in order to interrogate the discipline, its methods, history and limitations, while relating these questions to topical issues from art history and neighboring disciplines that speak to each of us as citizens.

Perspective invites contributors to update their historiographical material and the theoretical questionings from which they draw their work, to think from and around the starting point of a precise question, an assessment that will be considered an epistemological tool rather than a goal in itself. Each article thus calls for a new approach creating links with the great societal and intellectual debates of our time.

Perspective is conceived as a disciplinary crossroads aiming to encourage dialogue between art history and other fields of research, the humanities in particular, and put into action the “law of the good neighbor” developed by Aby Warburg.

All geographical areas, periods, and media are welcome.

Call for papers 

Please send your submissions (an abstract of 2,000 to 3,000 characters / 350 to 500 words, a provisional title, a short bibliography on the subject, and a biography of a few lines) to the editorial office (revue-perspective@inha.fr) before May 12th, 2021.

Proposals will be examined by the issue’s editorial committee regardless of language (articles accepted for publication will be translated by Perspective). The authors of the pre-selected proposals will be informed of the committee’s decision in June 2021. The complete articles (25,000 or 45,000 characters/ 4,500 or 7,500 words depending on the project) must be submitted by October 1st, 2021. These will be definitively accepted after the journal’s anonymous peer-review process.