Dessiner d’après les modèles gravés dans les ateliers du XVIe siècleLes rencontres du centre André Chastel

Sans doute dès les années 1470-1480, peintres, sculpteurs, architectes, céramistes, orfèvres et peintres-verriers se mettent à rassembler en nombre les gravures au sein de leurs ateliers. Loin de constituer uniquement des répertoires de motifs prêts à être remployés dans d’autres media, ces fonds gravés ont également d’autres usages, notamment dans la formation initiale et continue des artistes. La copie d’après des modèles gravés est en effet un exercice répandu dans le cadre de l’apprentissage et du perfectionnement de tous les arts dérivant du disegno. Pour acquérir et conserver la main sûre du dessinateur et se familiariser avec les compositions des meilleurs maîtres, l’estampe constitue un support d’étude privilégié grâce à ses qualités propres. Son caractère multiple, son coût modéré à l’achat et la diversité de son offre (tant d’un point de vue iconographique que stylistique) lui permettent de devenir un véritable instrument de travail, parfois cité dans les testaments des artistes comme faisant partie intégrante de leur matériel au même titre que les outils, dessins, livres et petits modèles sculptés.

La fréquentation des gravures au sein des ateliers commence dès les premières étapes de la formation artistique. Vasari, Armenini et plus tard van Mander expliquent ainsi qu’un apprenti désireux d’acquérir les rudiments du dessin à la plume doit travailler d’après des modèles graphiques (dessins et gravures) en noir et blanc. Relevant du même langage linéaire, ces œuvres sont les plus abordables pour un débutant qui doit acquérir les gestes essentiels du dessinateur et des notions en matière de composition. En avançant dans sa formation, l’apprenti est ensuite confronté aux modèles tridimensionnels et passe à la copie de gravures en clair-obscur, qui lui permettent de se familiariser avec la gestion des ombres, des dégradés et des modelés.

Les gravures dont l’étude est préconisée dans ces textes théoriques (celles de Dürer, Lucas de Leyde, Ugo da Carpi et celles d’après Raphaël, Michel-Ange et Titien) sont sans surprise les œuvres que l’on trouve le plus fréquemment dans les inventaires d’ateliers de la Renaissance, quelles que soient leur localisation en Europe et la profession du maître. Les rares copies de gravures dessinées par des apprentis qui nous sont parvenues confirment que ces modèles étaient bien enseignés aux jeunes artistes. D’autres dessins du même ordre, mais réalisés par des artistes aguerris, montrent pour leur part que la copie d’après des modèles gravés pouvait être pratiquée bien au-delà des années d’apprentissage.

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Intervenante

Elsa de Smet

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Informations pratiques 

9 octobre 2019

Galerie Colbert, salle Perrot
Institut national d’histoire de l’art
2, rue Vivienne ou 6 rue des Petits Champs
75002 Paris

Entrée libre