Cathédrales en feu : histoire et archéologie des incendies des édifices religieux (Moyen Âge – époque moderne)Journée d'études

Le retentissement de l’incendie dont a été victime Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019 a été d’une telle ampleur, qu’il demeure l’événement le plus commenté en 2019 sur les réseaux sociaux. Pour tragique qu’elle soit, la catastrophe n’a, encore à l’heure actuelle, rien d’exceptionnel. La cathédrale de Nantes, l’hôtel de ville de la Rochelle ou le parlement de Bretagne en sont les preuves. Les monuments des périodes anciennes n’ont pas été plus épargnés par ces sinistres à la fois destructeurs et régénérateurs auxquels succèdent restaurations et reconstructions. En bouleversant l’histoire des édifices, ils en deviennent un jalon essentiel et méritent ainsi toute l’attention de l’archéologue, du restaurateur et de l’historien. L’objectif de cette journée d’études est de présenter, à travers quelques cas particuliers, l’histoire de certaines de ces catastrophes mais aussi les méthodes nécessaires à leur étude. Le propos se limitera, pour des questions pratiques, aux édifices religieux des périodes médiévale et moderne.

On s’intéressera tout d’abord à la place des incendies dans l’histoire de ces monuments. De l’église de la Madeleine à Vézelay en 1165 à la cathédrale de Chartres en 1194 ou à celle de Rouen en 1200, nombreux sont les exemples où le sinistre constitue un acte fondateur justifiant l’ouverture d’un chantier synonyme de renouveau architectural. On se concentrera tant sur les conséquences du feu que sur ses causes, des accidents de chantier aux dommages de guerre, des festivités irréfléchies aux destructions organisées, en scrutant en particulier la question des incendies potentiellement programmés.

Si parfois, comme à Canterbury en 1174, les dégâts infligés par l’incendie rapportés par le moine Gervais semblent bien réels, dans d’autres cas, comme celui de la cathédrale de Rouen, l’incendie semble avoir eu une portée bien plus limitée : malgré le caractère alarmiste des textes rapportant la combustion totale de l’église et d’une grande partie de la ville (combusta est tota ecclesia Rotomagensis cum omnibus campanis, libris et ornamentis et maxima pars civitatis et multae ecclesiae), on sait désormais que la charpente du XIIe siècle a pu être remployée pour réaliser celle du XIIIe siècle, invitant à nuancer la portée des dégâts. Les sources méritent donc, dans ce domaine, d’être considérées avec circonspection et la question de la réalité archéologique de ces incendies devra être soulevée. Nous nous intéresserons, notamment, aux méthodes permettant de les identifier et de les dater lors d’opérations de fouille ou de relevés de bâti. Une attention particulière sera portée aux approches archéométriques et physico-chimiques des matériaux, lesquelles permettent de caractériser en partie un incendie à partir des traces qu’il a laissées sur une structure et sur ses constituants. Les études de cas mettant en regard sources textuelles et investigations archéologiques seront riches d’enseignements.

On s’interrogera enfin, de manière diachronique, sur les moyens de lutte et de prévention des incendies : adaptation de la forme de la construction, adaptation de la nature de ses matériaux, mise en place de brigades ou encore de procédures pour éteindre les feux ou éviter leur propagation.Ces expédients s’expliquent-ils par les propriétés réelles ou imaginaires que les populations octroient aux flammes ? Les sources historiques permettront principalement d’éclairer ces questions.

À travers les thématiques énoncées ci-dessus, cette rencontre souhaite ouvrir un large espace de discussion susceptible d’ébaucher les lignes de force de l’histoire des incendies qui ont touché les monuments majeurs
des sociétés anciennes et de leurs réactions face ces catastrophes.

Organisateurs

  • Maxime L’Héritier (Université Paris 8, ArScAn UMR 7041)
  • Christophe Petit (Université Paris 1, ArScAn UMR 7041)
  • Arnaud Ybert (Université de Bretagne Occidentale, CRBC EA 4451 / UMS 3554)

Intervenant

  • Sylvain Aumard (Centre d’Études Médiévales, Auxerre / associés ArTeHiS UMR 6298)
  • Philippe Bernardi (CNRS LaMOP, UMR 8589)
  • Stéphane Buttner (Centre d’Études Médiévales, Auxerre / associés ArTeHiS UMR 6298)
  • Florence Close (Université de Liège – UR TRAVERSES)
  • Thomas Flum (Université de Franche-Comté, EA 2273)
  • Fabrice Henrion (Centre d’Études Médiévales, Auxerre / associés ArTeHiS UMR 6298)
  • Léa D’Hommée-Kchouk (Université Paris 1)
  • Marie Lafont (Université de Tours, CESR UMR 7323)
  • Alain Villes (Conservateur en chef honoraire du Patrimoine)

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Informations pratiques

29 avril 2020 - 10H-17H
Galerie Colbert, salle Vasari
Institut national d’histoire de l’art
2, rue Vivienne ou 6 rue des Petits Champs
75002 Paris
Entrée libre