L’Argument de Rouen #4 : Le musée et ses contestationsPlace des cultures alternatives dans les institutions

Le musée est traditionnellement le lieu d’une sacralisation des œuvres. Depuis le XIXe siècle, du moins lorsqu’il s’affirme comme musée d’art, il accueille principalement des objets qui ont été pensés pour y trouver leur destination finale ou qui sont passés par le filtre d’une réappropriation par l’institution.

Néanmoins, aux marges du musée, se sont développées des pratiques visuelles qui remettent en question les présupposés sur lequel il est fondé, que ce soit de manière involontaire dans le cas de l’art brut ou des arts populaires et commerciaux, comme la bande dessinée, le street art ou le hip hop, ou de manière volontaire pour tous les mouvements anti-art, comme le punk, qui se sont développés depuis le début du xxe siècle, se cristallisant à partir des années 1960 en contre-cultures.

En 1969, l’artiste et historien Théodore Roszak définissait la contre-culture comme déconnectée de la société technocratique à laquelle elle s’oppose : « elle ne ressemble plus du tout à une culture, mais prend l’apparence inquiétante d’une intrusion barbare ». La contre-culture a donné lieu à une culture nouvelle, souvent parallèle ou souterraine, qui entre en rébellion avec la culture officielle dont elle inverse les normes et les valeurs. Les artistes ont remis en question les conventions artistiques en élargissant le champ de l’art, délaissant les galeries et les musées pour explorer de nouvelles formes d’expression artistique sur des supports ou dans des lieux alternatifs.

On assiste depuis les années 1980 à une intégration de ces cultures alternatives par les institutions, intégration souvent difficile et contestée car elle peut être interprétée comme un recyclage par le consumérisme et l’économie libérale. Les pratiques alternatives – underground ou politisées en particulier – n’ont pas réussi le pari de rester à l’extérieur du champ institutionnel de l’art. Elles sont désormais parties intégrantes du champ officiel de l’art, dont les limites ont toutefois été bouleversées, mais sans éclater. En même temps, les institutions tendent le plus souvent à les considérer comme marginales, comme des contre-points ne remettant pas fondamentalement en cause leurs discours, leurs généalogies et leurs grands récits.
Aujourd’hui les cultures alternatives semblent trouver une place dans les musées alors que ceux-ci se sont engagés dans la voie de la démocratisation culturelle et élargissent le champ culturel. Mais comment les œuvres qui en sont issues peuvent-elles conserver leur charge subversive, alors qu’elles sont présentées dans des institutions qui incarnent encore bien souvent une culture officielle ? L’acteur de la contre-culture exposé au musée peut-il encore concevoir sa pratique d’artiste comme une critique radicale de la société ? Ce sont quelques-unes des questions que cet Argument de Rouen se propose d’examiner.

En partenariat avec la Réunion des musées métropolitains de Rouen

Comité scientifique

  • Sylvain Amic (Réunion des musées métropolitains de Rouen)
  • Éric de Chassey (INHA),
  • Juliette Trey (INHA)

Invité d’honneur

  • Antoine de Galbert

À propos de L’Argument de Rouen

Organisé par la Réunion des Musées Métropolitains Rouen-Normandie (RMM) et l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), L’Argument de Rouen est un rendez-vous annuel de débats qui invite le public à interpeler les musées sur leur capacité à saisir les enjeux sociétaux de notre temps. Avec des personnalités issues de diverses disciplines mobilisées autour de tables rondes, L’Argument de Rouen propose à tous et toutes d’interroger le lien entre musée, société et histoire des arts, pour accompagner l’ouverture de ces institutions à des questionnements venus d’autres horizons. Cette 3e édition est conçue en partenariat avec l’association AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, avec le soutien du Journal des Arts.

La liste des intervenants sera indiquée ultérieurement sur cette page. 

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Informations pratiques

5 février 2020 - 10H-18H

Hôtel des Sociétés Savantes
190, rue Beauvoisine,
76000 Rouen
Entrée gratuite selon les places disponibles,
sur réservation : virginie.thenoz @ metropole-rouen-normandie.fr

Entrée libre