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WILLEMIN, Nicolas-Xavier

(Nancy, 5 août 1763-Paris, 23 janvier 1833)
Auteur(s) de la notice : SAVETTIERI Chiara

Profession ou activité principale

Graveur, dessinateur et antiquaire

Sujets d’étude
Art ancien, art oriental, Moyen Âge, costumes, objets, armes, décorations

Carrière
À Paris, sous la conduite de Jean-Joseph Taillasson et de Lagrenée, se consacre à l’étude de la gravure en taille-douce, en se chargeant d’œuvres assez variées : portraits, cahiers d’ornements grecs et romains, facsimilés de Bartolozzi, etc.
1795 : mariage le 21 mars ; nommé « graveur en taille-douce et dessinateur à l’administration des assignats »
1798-1802 : premier ouvrage antiquaire : Choix de costumes civils et militaires des peuples de l’antiquité, avec un texte, Paris, 2 vol. in folio
1800 et 1824 : expose au Salon
1806 : commence Les Monuments français inédits, qui sera publié de façon posthume en 1839.
Premières décennies du XIXe siècle : Voyages en France (Sens, Troyes, Dijon, Amiens, Beauvais, Strasbourg) pour étudier les mœurs aux différentes époques de la monarchie et les antiquités nationales ; formation d’une collection de meubles et d’ustensiles du Moyen Âge et de la Renaissance
1821 : membre de la Société royale des antiquaires de France
1825 : médaille d’or remise par Charles X
1825-1827 : début de la publication des textes pour les Monuments français inédits
1830 : Les événements politiques, en lui enlevant une partie de souscripteurs, épuisent ses ressources pécuniaires : vente de sa collection
1831 : membre honoraire de la Société royale des antiquaires de France

Étude critique 

La vie de Nicolas-Xavier Willemin fut entièrement dévouée à la recherche et à la reproduction graphique des antiquités grecques, romaines, étrusques, égyptiennes, orientales ainsi que des antiquités françaises. Ce vaste travail, qui déboucha sur la publication de nombreux recueils, est marqué par deux caractéristiques : 1) un horizon d’intérêts très large, qui ne se limite pas aux civilisations grecques et romaines, mais s’étend au Moyen Âge, à la Renaissance et aux arts des peuples orientaux (Maures, Persans, etc.) ; 2) un vif intérêt pour les arts décoratifs, pour tous les objets de la vie quotidienne capables de révéler les caractères d’époques et de civilisations différentes.

Le but principal de Willemin était de présenter des exemples précis d’ouvrages artistiques, d’objets et de costumes d’époques reculées à travers un riche apparat de gravures. Cette démarche avait d’abord une fonction de vulgarisation auprès du public. D’autre part, elle était utile aux artistes, aux artisans et aux décorateurs de théâtre, en leur fournissant de riches et fiables répertoires de modèles dont ils pouvaient s’inspirer pour éviter toute erreur historique. Le point faible de Willemin fut le manque d’esprit historique capable d’organiser les matériaux illustrés dans une véritable « Histoire ». Convaincu de l’utilité de la gravure en tant que moyen de connaissance supérieur même aux textes écrits, Willemin se concentra sur la reproduction précise des œuvres et des objets, sans accorder suffisamment d’importance aux notices explicatives. C’est ainsi que, dans le Choix de costumes civils et militaires, les notices furent rédigées par l’abbé de Tersan, tandis que pour les Monuments français inédits , dont les livraisons commencèrent à paraître dès 1806, c’est seulement en 1825 et en 1827 qu’il publia un texte de 36 pages (une préface au duc de Berry, une Préface, des Preuves à l’appui de la préface, une introduction traitant des sceaux et des bulles) assez incohérent et sans aucun rapport avec les illustrations, ce qui déçut les souscripteurs. C’est pourquoi, lorsque son ami André Pottier (Paris 1799-Rouen, 1867), conservateur de la bibliothèque de Rouen, se chargea de conclure l’ouvrage inachevé, il fut obligé d’écarter ce texte et, en ordonnant les planches selon un critère chronologique (et à l’intérieur de la chronologie par types d’objets), il rédigea ex novo les notices correspondantes aux gravures. Dans l’avant-propos des Monuments français inédits, Pottier, tout en faisant l’éloge de la détermination et du souci de précision de Willemin, avoua : « M. Willemin, tout occupé de la partie matérielle de son œuvre, c’est-à-dire de la recherche, du dessin, de la gravure, du coloriage, en un mot de la reproduction fidèle de ses monuments, n’attachait qu’un médiocre intérêt à leur historique et à leur description, […] antiquaire pratique d’un goût et d’un diagnostic très sûrs, mais peu habitué à formuler ses idées, il ne recueillait que peu de notes. » On peut appliquer cette remarque aux autres recueils de Willemin, comme le Mélange de diverses antiquités civiles, militaires, religieuses (1817) où l’éclectisme triomphe, ou comme la Collection des plus beaux ouvrages de l’Antiquité (1830) dans laquelle les planches, qui ne présentent ni titre, ni référence à la provenance des œuvres ni à leur emplacement, ne sont rangées ni par types d’objet ni par ordre chronologique. Le sous-titre de cet ouvrage « utile aux études des Artistes et des Amateurs » illustre le but de l’auteur : présenter une variété de formes les plus diverses aux amateurs et aux artistes sans aucun souci historique. D’ailleurs l’intérêt que les artistes portaient à ce type d’ouvrages est démontré par la liste des souscripteurs du Choix de costumes civils et militaires, qui compte entre autres David, Girodet, Chaudet, Chalgrin, Denon, Dufourny, Gérard, Guérin, Regnault, Talma et Taillasson.

Une démarche plus historique apparaît dans le Parallèle des plus anciennes peintures et sculptures antiques, ouvrage inachevé qui, d’après les intentions de l’auteur, aurait dû former « un cadre ou tableau comparatif de différents styles de l’art, chez les peuples qui ont cultivé la peinture et la sculpture avec quelque célébrité ». Nonobstant ces limites, Willemin occupe une place remarquable dans l’histoire du goût et dans l’histoire de l’histoire de l’art. Son approche globale de l’objet d’art, qui oublie toute hiérarchie entre arts mineurs et arts majeurs, est du plus grand intérêt : l’ouvrage, que ce soit une peinture ou une arme, est évalué par lui en tant que témoignage d’une civilisation ou d’un siècle. Cette approche fut sans doute encouragée par le type d’aménagement du musée des Monuments français de Lenoir, qui visait à reconstruire l’atmosphère d’un siècle. L’éclectisme de Willemin, son ouverture aux styles, aux époques et aux civilisations les plus diverses, impliquant une « libération » totale du modèle gréco-romain, ont encouragé et favorisé une démarche historiciste dans les représentations picturales et dans les arts décoratifs. Si son souci d’exactitude relevait de la volonté de rendre un service aux artistes et aux artisans, ces derniers s’en servirent comme d’une source inépuisable de motifs, formes et objets : par exemple, Eugène Delacroix reproduit dans un carnet des copies de plusieurs planches des Monuments français inédits, tandis que plus tard Gustave Moreau s’inspirera de quelques illustrations de ce même ouvrage pour son Jeune Croisé mourant dans les déserts (1871).

Enfin, Willemin fut l’un des pionniers de la Renaissance du Moyen Âge en France. Les Monuments français inédits, dont le but était de « populariser le goût des antiquités nationales », depuis le début de la monarchie jusqu’au XVIIIe siècle, en accordant une grande importance au Moyen Âge et à la Renaissance, furent conçus dès 1806, lorsque l’Histoire de l’art par les monuments de Séroux d’Agincourt n’était pas encore publiée, de même que les ouvrages d’Artaud de Montor (Considérations sur l’état de la peinture dans les trois siècles qui ont précédé Raphaël, 1808) et de Paillot de Montabert (Dissertation sur les peintures du Moyen Âge, 1812) qui marquent la naissance du goût pour les « primitifs » en France, tout en restant limités à la peinture médiévale.

Divers événements ont encouragé Willemin à se lancer dans cette énorme entreprise : la formation du musée des Monuments français de Lenoir, où il résulte domicilié en 1798 ; la publication, au cœur des bouleversements révolutionnaires, des Antiquités nationales (1790-1798) de Dibdin Millin, illustrant les monuments qui devaient être détruits ou qui risquaient de l’être. Pourtant, l’intérêt pour les antiquités nationales surgit en Willemin parallèlement à Lenoir et Millin, et non en conséquence du travail de ces derniers : sa vaste collection d’antiquités nationales, que Dibdin décrivait comme « six splendid cabinets filles with curiosities », remontait aux années de la Révolution et du vandalisme, lorsque il acquit une mine d’objets du Moyen Âge, qui à cette époque circulaient à bas prix dans les salles de ventes et chez les marchands. Malheureusement, par la suite, à cause de problèmes financiers, Willemin fut obligé de disperser son cabinet au profit, entre autres, de Saint-Morys.

Aujourd’hui presque méconnu, Willemin eut de fait un rôle très important : Alexandre Du Sommerard, en rappelant les conséquences bénéfiques du musée des Monuments Français sur les études historiques et archéologiques, le mentionna à coté de Quatremère de Quincy, de Raoul-Rochette et d’Alexandre Delaborde.

Chiara Savettieri, enseignant-chercheur à l’université de Pise

Principales publications 

  • Collection des plus beaux ouvrages de l’antiquité, statues, bustes [&c.] choisis parmi les monuments des Étrusques des Grecs & des Romains. 14 cahiers, 1790.
  • Choix de costumes civils et militaires des peuples de l’antiquité, leurs instrumens de musique, leurs meubles et les décorations intérieures de leurs maisons d’après les monuments antiques avec un texte tiré des anciens auteurs, dessiné, gravé et rédigé par N.-X. Willemin. Paris : chez l’auteur, 1798-1782.
  • Parallèle des plus anciennes peintures et sculptures antiques ou Recueil de monumens égyptiens, étrusques, grecs, indiens, mauresques et français. Paris : chez l’auteur, 1810.
  • Lenoir Alexandre. - Peintures, vases et bronzes antiques de la Malmaison décrits et publiés par M. Alexandre Lenoir ... gravés par M. N.-X. Willemin. Paris : imprimerie d’Hacquart, 1810.
  • Mélange de diverses antiquités civiles, militaires, religieuses. Paris : Decle, 1817.
  • « Lettre à M. le Chevalier de Saint-Georges, maire de la Ville de Troyes ». Annales françaises des arts, des sciences et des lettres, mars, 1822.
  • Monuments de l’antiquité et du moyen âge de la France et de l’Italie. Paris : chez l’auteur, 1825.
  • Collection des plus beaux ouvrages de l’Antiquité : statues, bustes, groupes, bas-reliefs, vases, trophées… choisis parmi les monuments des Etrusques, des Grecs et des Romains. Paris : Esnault & Rapilly, 1830.
  • Monuments français inédits pour servir à l’histoire des arts : depuis le VIe siècle jusqu’au commencement du XVIIe : choix de costumes civils et militaires, d’armes, armures, instruments de musique, meubles de toute espèce et de décorations intérieures et extérieures des maisons / dessinés, gravés et coloriés d’après les originaux par N.-X. Willemin ; classés chronologiquement et accompagnés d’un texte historique et descriptif par André Pottier. Paris : Mlle Willemin, 1839 [posthume], vol. 1 ; vol. 2.

Bibliographie critique sélective 

  • Lenoir Alexandre. - Musée des monuments français. Paris : imprimerie de Guilleminet, 1801, II, Avertissement.
  • Lenoir Alexandre. - Description historique et chronologique des monuments de Sculpture réunis au musée des Monuments français. Paris : chez l’auteur, 1803, p. 134.
  • Dibdin Thomas Frognall. - A bibliographical, antiquarian and picturesque tour in France and Germany. London : R. Jennings and J. Major, 1829, II, p. 317-321.
  • Gilbert A. P. M. – « Nécrologie M. N. X. Willemin ». Journal des artistes, 1833, I, p. 90-92.
  • Renouvier Jules. - Histoire de l’art pendant la Révolution considéré principalement dans les estampes. Paris : Jules Renouard, 1863, p. 212-213, 299, 370.
  • Arquié-Bruley Françoise. - « Un précurseur, le comte de Saint-Morys, collectionneur d’Antiquités nationales (1772-1817) ». Gazette des Beaux-Arts, VI/XCVI, octobre 1980, p. 109-118 ; VI/XCVII, février 1981, p. 61-77.
  • Arquié-Bruley Françoise. - « Les Monuments français inédits (1806-1839) de N.-X. Willemin ». Revue d’Art canadien, n. 10, 1983, p. 139-156.
  • Barocchi Paola et Gaeta Bertelà Giovanna. – « La genesidella collezione Carrand (1820-1888 »). In Arti del Medio Evo e del Rinascimento. Omaggio ai Carrand, 1889-1989 : [catalogue de l’exposition], Florence, Museo nazionale del Bargello, 20 mars – 25 juin 1989. Florence : Studio per edizioni scelte, 1989, p. 39-131.
  • Sylvain Amic et SylviePatry. – « Les recueils de costumes à l’usage des peintres (XVIIIe-XIXe siècles) : un genre éditorial au service de la peinture d’histoire ? » Histoire de l’art, n° 46, juin 2000, p. 39-66.
  • Tillier Bertrand. - La Commune de Paris, révolution sans images ? Politique et représentations dans la France républicaine (1871-1914). Seyssel : Champ Vallon, 2004, p. 384.

Sources identifiées 

Paris, archives des musées nationaux

  • Carton AS 1827 dossier 139
    • 11 Juin 1827, lettre de François de La Rochefoucauld à Auguste de Forbin : « la Maison du Roi département des Beaux-Arts accorde 300 francs à M. Willemin »

Paris, Bibliothèque nationale de France

  • Nouvelles acquisitions françaises 22884
  • Fol. 948-949 1, lettre au Marquis De Fortia d’Urban, 20 décembre 1829 à propos des lithographies qu’il lui avait demandées