Conservateur de musée
Autres activités
Enseignant, archéologue
Sujets d’étude
Mythologie et religion grecques, géographie historique, pré- et protohistoire française et européenne, histoire et archéologie de la Gaule indépendante, romaine et mérovingienne, religions de la Gaule
Carrière
Scolarité au lycée de Rennes
Bachelier ès sciences
1840-1842 : élève de l’École normale supérieure
8 mai 1842 : blessé dans l’accident de train de la ligne Paris-Versailles ; mis en congé
1843-1844 : fin de la scolarité à l’École normale supérieure
1844-1846 : professeur de lettres au collège de Pau
1846-1847 : congé à Paris, pour préparer l’agrégation ; chargé de conférence au lycée Louis-le-Grand
1847-1848 : secrétaire du directeur de l’École normale supérieure
1848 : reçu à l’agrégation de lettres
1848-1849 : professeur de rhétorique au lycée de Laval
1849-1851 : séjour à l’École française d’Athènes (promotion IV, avec Alfred Mézières et Ernest Beulé)
1851-1858 : professeur de rhétorique au lycée de Rennes
1858 : docteur ès lettres ; à l’été, sur la demande de Félix de Saulcy, bénéficie d’un congé ; nommé membre et secrétaire de la Commission de la topographie des Gaules (arrêté du 17 juillet 1858)
1860 : prend anonymement la direction de la Revue archéologique
1861-1862 : surveille les fouilles de la Commission de la topographie des Gaules à Alise-Sainte-Reine
1862 : reçoit l’un des prix ordinaires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres pour son mémoire intitulé Monuments dits celtiques
1864 : avec Saulcy, dirige les fouilles des tumulus de Méloisey (Côte-d’Or)
1865 : nommé membre de la Commission consultative pour l’organisation du musée de Saint-Germain ; dirige avec Abel Maître des fouilles à Saint-Étienne-au-Temple (Marne)
Août 1866 : chargé de préparer l’ouverture du musée de Saint-Germain pour l’Exposition universelle de 1867, à la place de Claude Rossignol, conservateur adjoint du musée ; participe à la première session du Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistoriques, à Neuchâtel, en Suisse : en est l’un des vice-présidents
1867 : avec Wladimir Brunet de Presle et Armand de Quatrefages, dirige la fouille du dolmen de la Justice, à Presles (Val-d’Oise) ; nommé par décret impérial du 10 octobre conservateur du musée gallo-romain de Saint-Germain-en-Laye (le restera jusqu’à sa mort) ; participe à l’organisation de l’exposition de l’histoire du travail présentée lors de l’Exposition universelle de Paris, comme membre de la Commission de l’histoire du travail
1869 : participe à la quatrième session du Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistoriques, à Copenhague, au Danemark, en tant que l’un des vice-présidents
1872 : dirige les fouilles de la Commission de la topographie des Gaules exécutées par Édouard Flouest et Maître (devenu chef des ateliers du musée de Saint-Germain) à Magny-Lambert (Côte-d’Or) et celles réalisées par Maître à Thenay (Loir-et-Cher)
1873 : obtient deux missions du ministère de l’Instruction publique pour faire exécuter des fouilles dans le département de la Marne et une troisième pour se rendre avec Maître à Vienne (Autriche) à l’occasion de l’Exposition universelle afin de mouler et dessiner des objets ; grande tournée en Suisse, Italie (fouilles à Golasecca) et Autriche
1874 : participe à la septième session du Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistoriques, à Stockholm, en Suède (est l’un des membres du conseil)
1876 : participe à la huitième session du Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistoriques, à Budapest, en Hongrie ; est l’un des vice-présidents
1878 : participe à l’organisation de l’exposition de l’art historique ancien et de l’ethnographie des peuples étrangers à l’Europe présentée pendant l’Exposition universelle de Paris, comme président de la première section (Art primitif et antiquités des Gaules) de la commission d’admission et de classification
1880 : secrétaire (avec Anatole de Barthélémy) de la Commission de géographie historique de l’ancienne France, qui remplace la Commission de la topographie des Gaules, sur le déclin
1882 : premier cours d’archéologie nationale à l’École du Louvre
1900 : président du douzième Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistoriques, qui se tient à Paris
1902 : décès de Bertrand ; funérailles sans fleurs ni discours
4 juillet 1912 : inauguration de son buste au musée des Antiquités nationales
Membre résident de la Société nationale des antiquaires de France (7 août 1861) ; président de la Société d’anthropologie de Paris (1868), membre résident de la section d’archéologie du Comité des travaux historiques et scientifiques (19 décembre 1872) ; président de la Société nationale des antiquaires de France pour l’année (1878) ; élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres au siège de Littré (25 novembre 1881) ; nommé vice-président de la section de géographie historique du Comité des travaux historiques et scientifiques (5 novembre 1885) ; devient membre de l’Association française pour l’avancement des sciences (1887) ; président pour l’année de l’Académie des inscriptions et belles-lettres ; devient président honoraire de la Société nationale des antiquaires de France (1892) ; nommé président de la section d’archéologie du Comité des travaux historiques et scientifiques (27 octobre 1894) ; nommé président honoraire de la section d’archéologie du Comité des travaux historiques et scientifiques (30 janvier 1898)
Nommé officier de l’Instruction publique (13 juin 1856) ; officier de la Légion d’honneur (11 juillet 1885) ; membre de l’Académie royale des lettres, histoire et antiquités de Suède (1880) ; membre extérieur de l’Académie des sciences de Hongrie (1880)

Alexandre Bertrand, souvent présenté comme l’un des fondateurs des archéologies protohistorique et nationale, est de fait l’une des personnalités les plus emblématiques de ces domaines au XIXe siècle. Sa longue carrière, de 1858 à 1902, l’une des toutes premières d’un archéologue professionnel, permet de retracer les mutations de ce qui devient une discipline, puisqu’il est à l’origine ou au cœur de la plupart des instances qui organisent désormais, dans le cadre d’un État plus puissant, l’archéologie en France, et surtout l’archéologie nationale. Sa bibliographie traduit le paradoxe de sa carrière : riche d’à peine six ouvrages, de peu d’articles de synthèse, mais de centaines de notes, notules, interventions, communications, comptes rendus, elle montre que le personnage n’est pas un théoricien, ni un brillant esprit, mais un homme de terrain, un homme de pouvoir, dont l’influence se fait sentir dans tous les domaines de l’archéologie. Le monde savant du XIXe siècle et des siècles suivants considère en général que son grand œuvre est un musée, le musée des Antiquités nationales, aujourd’hui musée d’Archéologie nationale, dont il prend la direction en 1867. C’est vrai, mais ce constat laisse dans l’ombre une part importante de ses activités, qui contribuèrent tout aussi fortement à structurer et faire reconnaître l’archéologie nationale, aux côtés de l’archéologie classique.
La formation assez chaotique de Bertrand, de nature strictement littéraire, ne le prédisposait pas aux travaux archéologiques. Son milieu familial est fortement marqué par les sciences, et lui-même est bachelier ès sciences. Son père, Alexandre Bertrand, qu’il perd à l’âge de onze ans, est un médecin réputé. Surtout, son frère cadet, Joseph, est un mathématicien de génie. À l’École normale supérieure, Bertrand étudie les lettres, et non l’histoire. Sa formation, commencée en 1840, interrompue par un accident, ne s’achève qu’en 1844, et il ne sera reçu à l’agrégation de lettres qu’en 1848. Après plusieurs années d’enseignement, il intègre en 1849 la quatrième promotion de l’École française d’Athènes, créée en 1846. Ce séjour de trois ans le familiarise avec la géographie de la Grèce ancienne, mais ses travaux portent sur des questions religieuses et mythologiques et ne laissent aucune place à l’histoire ou à l’archéologie. La préparation de ses thèses, pendant ses années de professeur de rhétorique à Rennes, l’occupera jusqu’en 1858. Il a alors 38 ans, et n’a semble-t-il jamais publié de travaux de nature historique, archéologique ou même d’érudition. Lors de ses séjours parisiens, Bertrand avait fait la connaissance d’Ernest Renan et d’Alfred Maury. Sans doute est-ce grâce à eux qu’il est appelé à Paris par Félix de Saulcy pour devenir membre et l’un des secrétaires, avec Maury, de la Commission de la topographie des Gaules créée par Napoléon III le 17 juillet 1858. L’Empereur préparait alors une Histoire de Jules César et souhaitait notamment disposer d’informations précises sur la géographie ancienne de la Gaule. À défaut d’un passé d’érudit, Bertrand possède alors, d’après ses supérieurs de l’enseignement secondaire, une instruction étendue, des connaissances variées, et des qualités de latiniste jugées de façon variable, qui peuvent expliquer qu’on l’ait retenu pour accomplir, avec Maury, l’essentiel du travail de la Commission présidée par Saulcy. Il s’agit d’analyser des sources antiques, de réunir la bibliographie touchant à la topographie, d’étudier des sources archéologiques (inscriptions, monnaies…), de procéder à la cartographie, de diriger des fouilles archéologiques, et de rédiger des travaux préparatoires. Jusqu’en 1865, au service de la Commission, Bertrand apprend son métier d’archéologue. Il déploie les qualités d’organisateur, de persévérance, de rigueur qui lui seront toujours reconnues et il forge sa méthode. Il apprend à réunir les faits, parfois en allant les chercher à la source, lors de nombreux voyages, en France et à l’étranger. Déjà formé à la géographie historique par son séjour athénien, il se familiarise avec la cartographie. Sa tâche le met également en contact avec de nombreux érudits locaux, et le conduit à visiter des musées ; il commence sans doute à tisser le réseau de relations qui sera l’une de ses ressources principales, tant dans le domaine scientifique que muséographique. Enfin, il entre en contact direct avec l’archéologie de terrain, qu’il ne semble pas avoir abordée jusqu’ici, à l’instar de ses contemporains. Entre autres, d’avril 1861 à septembre 1862, Bertrand assiste en effet le général Casimir Creuly dans la direction des fouilles effectuées par la Commission de la topographie des Gaules à Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or).
La pensée de Bertrand est imprégnée de positivisme. Sans être un théoricien de premier plan, il se présente comme un homme de progrès. Dès le début de sa carrière, il est conscient de participer à l’exploration d’un domaine nouveau et des risques d’erreurs qui s’attachent aux travaux des pionniers : « il faut que quelqu’un ait le courage de commencer. » Les faits doivent être réunis, classés, divisés, subdivisés, cartographiés et soumis à la statistique. Sa bibliographie foisonnante, où l’illustration (planches, cartes, photographies) est toujours présente, reflète fidèlement cet effort. La classification doit permettre de définir des typologies, essentielles au travail de l’archéologue, mais elle fera aussi apparaître le cadre chronologique indispensable à l’étude des questions essentielles de l’archéologie du temps : l’ancienneté de l’homme, les monuments mégalithiques, les trois âges, le peuplement de l’Europe. Issu d’un milieu familial voué aux sciences, très bien informé, notamment par sa participation régulière aux Congrès internationaux d’anthropologie et d’archéologie préhistoriques qui réunissent le monde savant européen à partir de 1866, mais aussi par sa participation aux travaux de la Société française d’anthropologie, dont il est président en 1868, Bertrand admet d’emblée l’ancienneté de l’homme. Mais, étranger à l’esprit de système, il s’oppose vigoureusement à Gabriel de Mortillet lorsque celui-ci, associant strictement typologie et stratigraphie, affirme que la succession des industries traduit une évolution technologique, un progrès, applicable dans le monde entier. Pendant de longues années, tout en faisant progresser les connaissances de ce qui deviendra l’archéologie protohistorique, Bertrand se présente comme un archéologue-historien, par opposition aux archéologues-géologues. Pour lui, l’archéologue est un auxiliaire de l’historien (ce qu’il n’est pas, on l’a vu), qui doit surtout chercher les liens rattachant les données archéologiques aux sources antiques. Ce point de vue modéré et sa formation « classique » permettent néanmoins à Bertrand de faire accepter, au plus large public, et dans les milieux savants et officiels, les acquis de l’archéologie préhistorique et protohistorique.
Le grand public découvre l’archéologie nationale au musée de Saint-Germain. L’idée d’un musée d’archéologie nationale circulait dans les milieux savants depuis les années 1830, mais sans trouver d’écho auprès des gouvernements successifs de la France. Le vif intérêt de Napoléon III pour l’archéologie donne une forme concrète au projet, et il fonde, par décret du 8 mars 1862, à Saint-Germain-en-Laye, un musée gallo-romain. Pendant deux ans, le nouveau musée stagne. Le 19 janvier 1865, pour remédier à cette situation, une Commission consultative du musée de Saint-Germain, chargée de son organisation, est instituée. Bertrand compte parmi ses membres et sera nommé conservateur du musée de Saint-Germain-en-Laye par décret impérial du 10 octobre 1867. Sur le modèle promu par Thomsen au musée de Copenhague dès les années 1830-1840, les collections sont classées et présentées chronologiquement, puis par fouilles distinctes et provenances. Il est prévu, dès l’origine, de comparer les séries trouvées en France aux séries étrangères, et de compléter le tout par une présentation ethnographique. Le modernisme du projet transparaît également dans ses aspects les plus pratiques : un atelier de moulage, une salle de travail pour les chercheurs, des publications, une bibliothèque sont programmés dès 1865-1866.
Après l’inauguration du musée, le 12 mai 1867, et pendant trente-cinq ans, Bertrand continuera, d’abord secondé par le préhistorien Gabriel de Mortillet (de 1868 à 1885), puis par Salomon Reinach (de 1886 à 1902) et par Abel Maître, chef des ateliers, à enrichir les collections du musée et à compléter sa présentation permanente, dans les salles du château que les architectes lui « livrent » au fil de leur restauration. Bertrand parvient, en déployant une énergie impressionnante, à accroître très rapidement les collections constitutives. Afin d’obtenir des échanges d’originaux ou des moulages, Bertrand développe un très vaste réseau de relations avec la plupart des musées français et de nombreux musées européens. Tout comme de nombreux autres conservateurs de musées ou de bibliothèques au XIXe siècle, il conçoit le voyage, les « tournées », comme des instruments de travail. Sans parler aucune langue étrangère, il se rend régulièrement en Allemagne, en Suisse, en Italie, et dans d’autres pays d’Europe, accomplissant dans le même temps d’innombrables missions en France. Dans tous les cas, il sillonne les musées, les sites, fait faire des moulages, des estampages, des dessins, demande des photographies, examine en vue de leur acquisition des collections privées, procède à des achats chez des antiquaires. Les personnes rencontrées deviennent autant de correspondants, qui l’informent des découvertes archéologiques et lui proposent des acquisitions pour le musée.
L’établissement, fondation impériale, survit sans peine à la chute de l’Empire. Le musée, véritable lieu d’enseignement de l’histoire, joue en effet un rôle essentiel dans la quête d’identité nationale qui traverse le XIXe siècle. Le musée de Saint-Germain, sous la direction de Bertrand, sera l’un des lieux privilégiés où l’archéologie, préhistorique, protohistorique et historique, se développe et se précise.
Ancien professeur de lettres et de rhétorique, Bertrand perçoit sûrement la nécessité de transmettre les acquis de ces disciplines, et celle de former de véritables archéologues. Son souci de vulgarisation se traduit également par les conférences publiques qu’il donne et par sa participation à l’organisation des Expositions universelles de 1867 et 1878. Dans le domaine de l’enseignement de l’archéologie nationale, Bertrand est un véritable précurseur. Son action s’inscrit dans le cadre de la réforme de l’enseignement supérieur, préparée par Victor Duruy sous le Second Empire, et mise en place par la République. Le 25 décembre 1875, Bertrand propose pour la chaire d’archéologie qui doit être créée à la Sorbonne le Programme d’un cours d’archéologie en cinquante leçons, dans lequel figurent, en dehors des cours magistraux, des « petites leçons » et des « instructions spéciales, indispensables à tous ceux qui veulent faire de l’archéologie sérieuse ». Ces travaux dirigés avant l’heure comprennent l’étude des objets, sur des originaux, des moulages ou des dessins, la technique de fouille, la restauration, les techniques d’estampage et de moulage, la cartographie, les statistiques et la bibliographie. La candidature de Georges Perrot, et son cours d’archéologie classique, seront retenus et ce n’est qu’en 1882 que Bertrand participe à la création de l’École du Louvre, où un enseignement supérieur d’archéologie et d’histoire de l’art est dispensé à ceux qui se destinent à la carrière des musées. Le 8 décembre 1882, la première leçon de son cours La Gaule avant les Gaulois d’après les monuments et les textes est de fait l’un des premiers cours publics d’archéologie nationale dispensés en France. L’enseignant-chercheur se présente, plus que jamais, comme un archéologue-historien, dont le but est d’appliquer les documents archéologiques à l’histoire nationale.
Dans le monde savant, l’action de Bertrand pour faire reconnaître l’existence d’une archéologie non-classique est particulièrement sensible dans les pages de la Revue archéologique, fondée en 1844. C’est aussi une composante majeure de son pouvoir scientifique, puisqu’il prend la direction de la revue, de façon anonyme dès 1860, pour ne plus la quitter, pratiquement jusqu’à sa mort. Il sera rejoint par Perrot, avec lequel il partage la direction à partir de 1883. Sous l’impulsion de Bertrand, la Revue s’ouvre à l’archéologie nationale et à la préhistoire. Les riches rubriques annexes que sont les Variétés, les Nouvelles et la Bibliographie illustrent la volonté de Bertrand de faire circuler rapidement les informations sur l’archéologie en mouvement, afin de mettre les faits à la disposition de tous.
Même si l’Institut accepte assez largement l’idée que l’archéologie constitue une science à part entière, l’élection de Bertrand à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, le 25 novembre 1881, après une première tentative en novembre 1878, ne marque pas seulement l’apogée de sa carrière (il a 61 ans), elle illustre aussi l’acceptation progressive par les milieux officiels d’une archéologie non classique. Élu le 3 mars 1882 à la Commission des antiquités nationales, Bertrand le reste jusqu’à sa mort. Par de brèves communications ou présentations, il participe régulièrement jusqu’en 1895 aux travaux de l’Académie, dont il sera élu président pour 1892. Ses interventions portent sur les périodes gauloise, romaine et mérovingienne, mais aussi sur ce que l’on n’appelle pas encore la préhistoire, et l’archéologue évoque régulièrement des exemples étrangers ; autant de domaines nouveaux peu explorés par l’illustre assemblée.
Membre résident de la Société nationale des antiquaires de France dès le 7 août 1861, qu’il préside pour l’année 1877, Bertrand prend part régulièrement aux travaux de la Société, jusqu’en 1889 environ. Non seulement, par de multiples présentations et communications ponctuelles, il remplit le même rôle qu’à l’Académie, mais il contribue aussi, en les présentant, à introduire dans les rangs de la Société de très nombreux érudits locaux.
Son action dans le domaine de l’archéologie régionale est également très importante au sein du Comité des travaux historiques et scientifiques. Dès le 19 décembre 1872, Bertrand est nommé membre résident de la section d’archéologie du Comité. Fondé par François Guizot en 1834, le Comité, qui dépend du ministère de l’Instruction publique, devient à partir du Second Empire l’instance officielle qui coordonne, regroupe mais aussi contrôle les activités des sociétés savantes en France. Bertrand établit des dizaines de rapports sur des communications écrites, assiste avec la plus grande régularité aux congrès annuels des sociétés savantes, réunies à Paris jusqu’en 1898, qu’il préside en 1886 et 1898. Les circulaires préparant le programme de ces congrès et les questions posées portent sa marque. Surtout, il participe à l’attribution des subventions du ministère de l’Instruction publique que les sections, dès 1869, ont la possibilité d’attribuer aux sociétés savantes. Dans le domaine de l’archéologie, en l’absence d’une législation des fouilles, le Comité d’archéologie tente visiblement de réguler les travaux des érudits. Nul doute que Bertrand, membre pendant trente ans, et président du Comité archéologique du 10 novembre 1894 au 30 janvier 1899, joua un rôle de premier plan en la matière, comme le prouve l’analyse de ses rapports, où apparaissent plusieurs idées directrices. Pour bénéficier de subventions du ministère, les fouilles doivent être pratiquées par un membre compétent d’une société savante. La « problématique » doit être claire, et dans l’optique utilitariste du XIXe siècle, les fouilles doivent apporter des « résultats ». Il est recommandé que leur produit soit reversé aux musées et qu’un compte rendu, accompagné de planches, soit rédigé, voire publié.
De formation classique, promoteur de l’archéologie nationale, et reconnu comme tel, Bertrand est pourtant parfois critiqué à la fois par les historiens, les linguistes et les archéologues classiques ainsi que par les préhistoriens de son temps. Tous s’accordent pour reconnaître qu’il possède à fond les « matériaux relatifs à l’archéologie », qu’il ouvre des horizons et stimule le débat scientifique, mais les premiers (Henri Gaidoz, Henri d’Arbois de Jubainville, Salomon Reinach) lui reprochent de ne pas maîtriser la méthode historique ou de recourir à des systèmes dépassés, d’être négligent dans le recours aux sources antiques, de méconnaître les acquis récents de la linguistique, de se laisser aller à une rédaction un peu hâtive. Les seconds (Émile Cartailhac, Gabriel de Mortillet, etc.) l’accusent, avec une virulence où se mêlent les antagonismes personnels, de manquer de méthode scientifique, de ne pas comprendre le fondement et les acquis récents des sciences exactes, de recourir trop systématiquement aux sources écrites et d’être trop modéré. On chercherait en vain les traces d’une véritable influence d’Alexandre Bertrand dans la pensée, et même dans les publications de ses continuateurs dans les domaines de l’histoire et de l’archéologie nationale. Camille Jullian, Joseph Déchelette, Henri Hubert ou Albert Grenier utilisent sans nul doute les données réunies par Bertrand, mais abandonnent ses conclusions, que le développement de l’archéologie scientifique, dont il fut l’un des principaux pionniers, avait rendues caduques.
Hélène Chew, conservateur en chef du patrimoine

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