Vingt-cinq ans après le colloque de Rennes (Artistes, artisans et production artistique, 1983, 3 t. parus en 1987) et vingt ans après l’essai d’Enrico Castelnuovo (« L’artista », dans L’uomo medievale, J. Le Goff éd., Bari, 1987, p. 235-269), ce débat voudrait tenter une esquisse de l’état des études sur la figure de l’artiste médiéval. Il privilégiera le Moyen Âge central et, plus encore, le Moyen Âge tardif.
Plusieurs questions seront envisagées :
L’apport et la limite des sources écrites
Que reste-t-il à découvrir dans des fonds inexploités ou encore à l’état de friche (la Chambre des comptes de Paris) ? Quel est le rôle des éditions récentes de sources (comme les documents sur la Chartreuse de Champmol) ? Quel pourrait être l’apport d’une collaboration plus intense avec les historiens médiévistes non spécialisés en histoire de l’art ?
La situation des artistes dans la structure sociale
Existe-t-il une différence fondamentale entre artiste et artisan à cette époque ? Dans le type d’œuvres produites, dans le mode de production ? Quelle est l’importance d’autres facteurs : le rôle des ateliers familiaux, des alliances et des lignages, celui des paramètres géographiques (regroupement en quartiers, loges, ateliers liés aux monastères, etc.). Ces questions concernent plus particulièrement les métiers de l’architecture, du bâtiment et du décor sculpté, mais aussi la production « en série » de la fin du Moyen Âge (notamment la sculpture).
La place de l’artiste dans le processus de création et de fabrication.
Martin Warnke avait insisté sur l’artiste de cour et les éléments d’innovation dans le milieu princier. L’intérêt spécifique de certains commanditaires pour l’art implique-t-il une participation effective dans la conception de l’œuvre ? Comment distinguer entre artiste et exécutant ? Le cas du « remote control » et du maître d’œuvre délégué pour l’architecture peut-il être étendu à d’autres domaines ?
L’individualité artistique
Le développement des signes de celle-ci (marques, signatures, représentations d’artistes et autoportraits) reflète-t-il une plus grande conscience de la part des artistes d’un rôle spécifique ? Est-ce que l’histoire de l’art, dans une démarche d’« attributionnisme » ou de regroupement stylistique, n’a pas tendance à les créer, comme le montre le problème des noms de convention ? À partir de quels critères est-il légitime de créer un « maître » ou d’attribuer des œuvres non documentées à un nom connu ?
Fabienne Joubert, professeur à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV)
Eberhard König, professeur à la Freie Universität Berlin
Valentino Pace, professeur à l’Università di Udine
Pierre-Yves Le Pogam (modérateur), conservateur au Musée du Louvre
Ce débat fera l’objet d’une publication dans le numéro 2008-1 de Perspective : « Antiquité/Moyen Âge ».
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