Appel à communication : Colloque « Une nouvelle histoire de la critique d’art à la lumière des humanités numériques ? »

Ce colloque se tiendra dans la galerie Colbert à Paris, le 18 et 19 mai 2017. Les propositions de communication sont à envoyer avant le 2 novembre 2016. Il est organisé par Anne-Sophie Aguilar (Paris 1, HiCSA), Eléonore Challine (ENS Cachan), Christophe Gauthier (Ecole nationale des Chartes), Marie Gispert (Paris 1, HiCSA), Gérald Kembellec (CNAM), Lucie Lachenal (Paris 1, HiCSA), Eléonore Marantz (Paris 1, HiCSA), Catherine Méneux (Paris 1, HiCSA).

Le programme de recherche « Bibliographies de critiques d’art francophones »

Initié en 2014 et soutenu par le Labex CAP, la Comue Hésam, l’HiCSA et l’Université Paris 1, le programme de recherche « Bibliographies de critiques d’art francophones » réunit une équipe interdisciplinaire d’historiens de l’art, de l’architecture, du cinéma, de la photographie et de spécialistes des sciences de la communication et de l’information. Il a pour objectif de valoriser la recherche dans le domaine de la critique d’art en mettant à disposition des chercheurs les bibliographies primaires de critiques d’art existantes. Les références bibliographiques seront relatives aussi bien aux beaux-arts qu’à l’architecture, aux arts décoratifs, à l’affiche, à la photographie, au cinéma, mais aussi à la littérature ou à la politique si les critiques ont écrit sur ces sujets.
Le socle de ce programme est la réalisation d’un site internet. Ce site contiendra un répertoire monographique permettant d’accéder à une page par critique, comprenant des documents .pdf téléchargeables (bibliographie primaire du critique, bibliographie sur le critique, sources d’archives), signés par les chercheurs qui les ont élaborés et édités par l’équipe du programme de recherche ; il ouvrira également sur une base de données répertoriant l’ensemble des références présentes dans les bibliographies primaires des critiques d’art mises en ligne ; enfin, le site proposera un annuaire des chercheurs ayant collaboré au projet.
Ce site internet sera lancé fin décembre 2016 et sera présenté au public et aux spécialistes lors d’une journée d’étude inaugurale le 3 février 2017. Outil pratique mis à disposition des chercheurs, il soulève également un certain nombre de questionnements théoriques. Ce colloque souhaite donc à la fois exploiter les possibilités de la base et réfléchir à ses répercussions dans l’approche de la critique d’art.

Appel à communications

Compris dans un premier temps comme un simple outil d’une histoire de la réception des œuvres, les écrits relevant de la critique d’art ont souvent été cités sans tenir compte du contexte de leur énonciation et surtout de l’identité de leurs auteurs. Si les études monographiques de qualité se sont récemment multipliées, on observe que la médiation des connaissances sur la critique d’art continue de passer par des corpus fragmentés et des anthologies. Aujourd’hui, les outils numériques permettent d’aller plus loin, et de proposer des modèles d’organisation et de diffusion du savoir qui envisagent différemment la critique d’art, loin de son statut de simple marginalia de l’œuvre commentée. Partant de ce constat, le programme de recherche Bibliographies de critiques d’art francophones (Labex CAP, HeSam université, Université Paris 1) lancera à la fin de l’année 2016 un site proposant non seulement la bibliographie complète d’auteurs ayant exercé la critique d’art mais donnant également la possibilité de faire des recherches par champ (date, revue, auteur, etc.).
Plus qu’un simple outil documentaire, ce futur site permet de revoir en profondeur la manière d’aborder la critique d’art et les critiques d’art. Non discriminant, puisqu’il ne prévoit pas de typologie ou de classement autre que le support de diffusion du texte (article, ouvrage ou chapitre d’ouvrage), interdisciplinaire, ce site ne vise pas à l’appréciation de la valeur critique du texte – éminemment subjective – au profit d’une vision d’ensemble de la production littéraire des auteurs concernés, quel que soit le champ artistique sur lequel leur regard s’est porté (photographie, cinéma, beaux-arts, architecture, etc.). Il permet ainsi une approche renouvelée à la fois de la production critique de chaque auteur – aucun texte ne prenant le pas sur un autre – et sur la critique d’art en général dont le champ se voit élargi à une grande diversité à la fois d’objets et de supports. Ce sont ces renouvellements, qui sont également des questionnements théoriques, que le colloque se propose d’aborder selon quatre axes.

1. Faire carrière
Privilégiant les critiques d’art à la critique d’art, le site affirme tout d’abord une approche monographique qui pose un certain nombre de questions. Prendre en compte l’ensemble des écrits d’un auteur ayant exercé la critique en envisageant le temps long permet ainsi de s’interroger sur son positionnement dans un champ, littéraire, artistique, voire commercial pour les arts qui sont aussi des produits de consommation, et sur l’évolution de ce positionnement. Peut-on, à proprement parler, utiliser le terme de « carrière » pour un critique et comment en déterminer les étapes à la fois professionnelles et intellectuelles ? Comment cette « carrière » peut-elle se construire face à la nécessité de rendre compte d’une actualité artistique toujours plus dense ? Peut-on, pour des domaines plus neufs ou plus techniques comme ceux de l’architecture, du cinéma ou de la photographie, véritablement parler de critique d’art professionnel ?

2. Masse critique

Proposer des bibliographies à finalité exhaustive suppose de prendre en compte l’ensemble des écrits d’un critique dans une approche qui ne soit plus qualitative mais quantitative. La « masse critique » ainsi dégagée suppose une réévaluation des corpus. Dans quelle mesure permet-elle une réflexion sur la place de certains textes, non plus donnés isolés mais réinscrits dans une histoire et dans un corpus, dans une sorte de génétique de la critique qui permettrait de déconstruire certains mythes fondateurs. Comment ces textes ont-il pu faire l’objet de refonte et de réédition et avec quelles conséquences ? Mais cette masse critique peut engager également à une approche statistique ou plus sociologique, posant la question de la constitution d’une expertise et de l’existence d’une « critique moyenne ».

3. Nouveaux corpus
Au sein de cette « masse critique », certains types de textes ou de supports souvent minorés retrouvent leur place dans la production d’un critique. La confrontation de bibliographies exhaustives permet ainsi de mettre en lumière une nouvelle manière de faire de la critique d’art à cette période et pose la question des supports et formes de publication. Quelles sont les nouvelles formes que prend cette critique d’art, enquêtes ou interviews d’artistes ou de collectionneurs par exemple ? Quel est le rôle joué par les préfaces de plus en plus nombreuses écrites par les critiques d’art dans les catalogues de revues et comment leur étude peut-elle permettre de réfléchir par des cas concrets au fameux système « marchand critique » ? Du côté des supports, on peut s’interroger sur la place prise par les quotidiens dans le champ critique mais aussi sur la manière dont s’articulent, pour l’architecture, le cinéma ou la photographie, écrits dans les revues techniques et écrits dans les revues artistiques.

4. Au-delà de la critique d’art
Interdisciplinaire, la base/le site met également en lumière la polygraphie essentielle des auteurs ayant pratiqué la critique. Souvent touche-à-tout, ils s’intéressent à des domaines très différents, fréquemment dictés par l’actualité, ce que permet de montrer une bibliographie exhaustive. Cependant, une fois ce constat posé, la confrontation entre les textes continue de poser un certain nombre de questions. Existe-t-il encore des champs spécifiques, par exemple pour les arts décoratifs ? Le fait d’écrire sur plusieurs media suppose-t-il une certaine analogie dans la structuration de nouveaux champs ? Comment évolue l’idéal d’unité des arts à la lumière de ces écrits sur l’art et de leurs supports ? Y a-t-il une approche spécifique d’ensembles nouveaux, de pratiques nouvelles, qu’elles soient considérées ou non comme artistiques, par exemple dans le champ politique ?

Comment postuler ?

Les propositions de communication, d’une page maximum, et indiquant les principales sources utilisées, sont à adresser avec un CV avant le 2 novembre 2016 à :
Anne-Sophie Aguilar (anso.ag @ free.fr)
Eléonore Challine (eleonore.challine @ ens-cachan.fr)
Christophe Gauthier (christophe.gauthier @ enc-sorbonne.fr)
Marie Gispert (marie.gispert @ wanadoo.fr)
Lucie Lachenal (lucielachenal @ free.fr)
Eléonore Marantz (eleonore.marantz-jaen @ univ-paris1.fr)
Catherine Méneux (catherine.meneux @ orange.fr).

Les réponses seront communiquées au plus tard le 9 janvier 2017.